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18 janvier 2015
L’élixir d’amour
Il y a certains livres dont on aimerait parler, mais dont la construction est telle qu’épiloguer à leur sujet révèlerait nécessairement toute l’intrigue. On ne peut donc qu’inciter à les lire et on est réduit à en parler en privé. Le dernier roman d’Eric-Emmanuel Schmidt est de ceux-là.
J’apprécie cet auteur pour son sens de la formule qui fait toujours mouche, mais surtout l’intelligence de son propos. Avec L’élixir d’Amour, les bons mots qui se succèdent confèrent à ce texte la densité d’une nouvelle qu’on lit d’une seule traite, tout en donnant de l’éclat aux thèses défendues par les deux protagonistes de ce roman. La trame de l’histoire pourrait sembler ennuyeuse : après leur rupture, Adam propose à Louise une correspondance amicale afin d’épiloguer sur l’Amour et ses déclinaisons. Bien entendu, Louise refuse : Si l’amitié est le mouroir de l’amour, je hais l’amitié. « Seule la peau sépare l’amour de l’amitié. C’est mince. » rétorque Adam. S’engage alors un duel par correspondance où s’affrontent l’Amour-toujours aux désirs éphémères.
« Les hommes font l’amour pour jouir, pas pour dire qu’ils aiment. Quand j’allais rejoindre des maîtresses, je n’entaillais pas mon attachement pour toi, je ne t’adorais pas moins, j’ambitionnais seulement de prendre du plaisir et de leur en dispenser.
Une colossale erreur fausse les relations humaines : l’idée que le cul et le sentiment sont un même pays. Or le sexe et l’amour occupent deux territoires différents. Si l’amour envahit le champ de la sexualité, laquelle, bonne fille, l’a laissé entrer, il n’existe pourtant aucun rapport entre le désir et l’affection. […]
L’amour cultive la connaissance, le désir vénère l’inconnu. Tandis que l’amour reste loyal jusqu’au dernier soupir, doigts, paumes, bouche, pénis, bas-ventre sont des aventuriers toujours sur le qui-vive, prêts à emprunter de nouvelles destinations, attirés par le différent, le singulier. Au contraire du sentiment qui cherche la permanence, les pulsions renaissantes ont l’appétit du changement. […]
L’amour vient par la chair puis l’écarte. »
Dans cet échange, Adam semble vainqueur grâce à sa brillante argumentation, mais en apparence seulement. Je n’en dis pas plus pour ne pas dévoiler toute l’intrigue qui m’apparait, à mesure que j’y songe, d’une grande finesse. Il faut aussi saluer l’usage brillant du genre épistolaire, qui invite à lire une seconde fois ce roman (150 pages seulement, dont certaines réduites à une lettre de quelques mots) pour comprendre les sous-entendus à la lumière de la toute dernière lettre.
23:41 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : eric emmanuel schmitt, amour



