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13 décembre 2007

Le bal des mots dits... (par Ysé)

    Tout commence par un coup de foudre. Un coup de foudre, ça s'abat sur des coeurs prompts à aimer aussi violemment que ça libère les relents de vengeance et de haine. Mais il n'y a pas que le ciel qui déchaîne son courroux...
    Cinq femmes se retrouvent une nuit dans le manoir de la duchesse de Vaubricourt. Un lourd secret, une question de vie ou de mort, voilà ce qui pouvait les réunir.
    Qu'ont en commun une châtelaine rancunière, une comtesse frivole, une religieuse gentiment sotte, une intello revêche se piquant d'écrire des bluettes et une jeune mariée ? Rien, si ce n'est que jadis, elles ont été séduites et abandonnées par Don Juan. Mais ces victimes n'ont rien à voir avec les mille e tre espagnoles que le "vil séducteur" connut au sens biblique du terme. Ces femmes-là ont résisté, et ont ainsi offert à Don Juan ses plus éclatantes conquêtes, tout au moins à en croire le carnet tenu par Sganarelle oscillant entre le livre de comptes et le récit des amours de son maître.
    Bien vite, les victimes, vêtues de blanc et non de candeur, vont troquer leur tunique de martyr contre la robe de juge, et elles sortiront si besoin est, la hâche du bourreau. Ce soir, elles vont sceller le destin du séducteur qui devra épouser et être fidèle à sa dernière conquête en date, Angélique, qui n'est autre que la nièce de la comtesse. S'il refuse, c'est une affaire de duel qui mènera le plus célèbre des sentimenteurs en prison. Lui qui croyait se rendre à un bal, ne sera pas le seul à mener la danse.
2fde15bf9bf98cf551981d34b99efe5c.jpg    On rit, jaune parfois, on se laisse toucher par les escarmouches et l'on se laisse prendre par ce qui est représenté sur scène. Le spectateur ne peut demeurer passif tant la première pièce d'Eric-Emmanuel Schmitt regorge de joutes verbales et autres stichomythies enlevées. Bref, cette pièce nous interpelle, bouscule valeurs moralistes et idées préconçues tandis qu'elle pose les questions les plus audacieuses avec un cynisme résolument provocant. Si le public ne fait pas de catharsis, du moins voit-il les passions, qu'il s'efforce de museler,  se déchaîner : amour égoïste propre aux enfants, vengeance, trahison, jalousie, tout y est ! Chacun détient une part de vérité, nul n'a entièrement tort. Qui pourrait se vanter de ne s'être jamais trompé ? Don Juan lui-même, n'a pas su reconnaître l'amour véritable qui ne saute pas toujours aux yeux quand il prend une forme inattendue.
    La mise en scène de Régis Santon est magistrale de simplicité et d'efficacité. Le procès de Don Juan se tient à huit clos entre les murs étouffants du château de la duchesse de Vaubricourt. A n'en pas douter, l'auteur de la pièce n'aurait pas renié la scénographie, ni même la musique accompagnant la perte de Don Juan ; car qui mieux que Mozart et son Requiem aurait pu illustrer la force de ce destin ?
    Quant aux acteurs, ils ont campé avec conviction des personnages pouvant paraître, à première vue, caricaturaux. Mais derrière les masques, restent égratignures et plaies loin d'être refermées.
    Le Don Juan d'Eric-Emmanuel Schmitt, tout en étant caustique, toujours aussi libre envers Dieu et les choses de l'amour, accepte son destin, et en cela, il est radicalement différent de celui de Molière qui toisait la statue du Commandeur, avec une effronterie presque puérile. Ici, Don Juan a gagné en sagesse et il lève enfin le voile sur le mystère de sa vie : qu'est-ce qui faisait courir Don Juan ? Fuyait-il ou cherchait-il quelque chose ? Vous aurez la réponse en lisant la pièce ou en allant voir la représentation au théâtre Silvia Monfort, ce que je vous recommande.
    Tout a une fin et le malheur des uns fait le bonheur des autres, et ce n'est pas Sganarelle qui démentirait, lui qui perçoit enfin ses gages !


Ysé

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note :  Une stichomythie est une partie de dialogue d'une pièce de théâtre versifiée où se succèdent de courtes répliques, de longueur à peu près égale, n'excédant pas un vers, produisant un effet de rapidité, qui contribue au rythme du dialogue.

Commentaires

Le jeudi 13/12/2007 à 08:18 par MarieM :

A vous lire on irait céans se gorger de passions, de cynisme et de stychomities . Je savoure cet ajout improbable en mon vocabulaire, merci, vous êtes un coucou généreux.

Le jeudi 13/12/2007 à 12:00 par Laurent Morancé :

Le théâtre est partout sauf au théâtre.

Le jeudi 13/12/2007 à 22:26 par MarieM :

Désolée pour la bourde; j’ai bousculé le y du mot que j’aurais dû laisser aux spécialistes.

Le vendredi 14/12/2007 à 09:35 par François :

Ah femmes quand vous nous habitez ! J'aime bien...

A découvrir "Menaces d'amour", un nouveau polar dont une femme justement est l’héroïne sur : http://menacesdamour.centerblog.net

A bientôt,

François

Le vendredi 14/12/2007 à 11:51 par Vagant pour MarieM :

Vous êtes pardonnée, d’autant plus que moi non plus je ne connaissais pas ce mot, que je ne suis pas sûr de pouvoir replacer d’ailleurs. Le vocabulaire littéraire devrait-il pour autant n’être réservé qu’aux spécialistes ? Je ne le pense pas : je me suis bien gargarisé de sardanapalesque dans une de mes histoires libertines, et d’accastillage dans une autre à grand renfort de wikipédia… Ouvrons donc nos petits Larousse pour partir à la découverte des mots oubliés, et je vous conseille aussi d’aller découvrir voir cette pièce formidable !

Le vendredi 14/12/2007 à 12:00 par Vagant pour François :

À votre avis, quand on se lance dans l’auto-édition, faudrait-il avoir commencé son blog promotionnel avant, ou après l’écriture ? J’imagine qu’avant d’opter pour cette voie, vous avez sans doute tenté l’édition traditionnelle. Pourquoi ne pas aussi parler aussi de cette aventure là sur votre blog ?

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