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19 mai 2007

Les femmes préfèrent les gros


Que ce soit pour du blogcrossage ou du cross blogging, aujourd’hui je choisis Volubilis !

17 mai 2007

La première gorgée…

A la FnacIl faut commencer par La première gorgée de bière. Dans son fameux recueil de nouvelles où il exalte les plaisirs minuscules, Philippe Delerm poursuit: « C’est la seule qui compte. Les autres, de plus en plus longues, de plus en plus anodines, ne donnent qu’un empâtement tiédasse, une abondance gâcheuse. La dernière, peut-être, retrouve avec la désillusion de finir un semblant de pouvoir… ». Cette phrase caractérise bien l’œuvre de Delerm placée sous le signe de la parcimonie. Chez lui, le bonheur se cache dans les infimes détails du quotidien qu’il glorifie d’une poésie prosaïque. Delerm encense l’humilité jusqu’à l’ostentatoire. De son regard contemplatif sur son microcosme, Delerm n’évoque pas les trépidances qui secouent le monde en dehors de la sphère de son jardin provincial, mais éclaire le quotidien avec la tendresse bienveillante d’une mamie sirupeuse.

Avec la banana-split au comble de ses excès, inutile de dire que qu’il ne faut pas chercher des délires sexuels chez Delerm. À peine évoquée dans le bonheur avec une petite fable sur les souris anglaises, il faut bien ma perversité pour deviner du sexe entre les lignes de ce recueil : « Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s’ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes – une incision de l’ongle de l’index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d’un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer […] C’est facile d’écosser les petits pois. »

Avec La première gorgée de sperme, Fellacia Dessert joue le contre-pied. Sous ce pseudonyme facétieux, un écrivain célèbre à la plume acérée à écrit un hilarant pastiche dont on appréciera pleinement la malice en alternant sa lecture avec le recueil de Delerm. La succession des titres croisés est éloquente :

- Le paquet de gâteau du dimanche matin
- Les gâteries du dimanche matin
- Aider à écosser les petits pois
- Aider à exaucer ses petites ouailles
- Apprendre une nouvelle en voiture
- En prendre une nouvelle en voiture
- L’odeur des pommes
- L’odeur des hommes
- On pourrait presque manger dehors
- Pour un peu, on baiserait sur la terrasse
etc…

Un meilleur exemple valant mieux qu’un long discours, voici un extrait d’un texte de Delerm intitulé « Le croissant du trottoir »:

« On s’est réveillé le premier. Avec une prudence de guetteur indien on s’est habillé, faufilé de pièces en pièce. On a ouvert et refermé la porte d’entrée avec une méticulosité d’horloger. Voilà. On est dehors, dans le bleu du matin ourlé de rose : un mariage de mauvais goût s’il n’y avait pas le froid pour tout purifier. […] Il faut ce qu’il faut de buée sur la vitre quand on s’approche, et l’enjouement de ce bonjour que la boulangère réserve aux seuls premiers clients – complicité de l’aube.[…] On le sent bien : La marche du retour ne sera pas la même. Le trottoir est moins libre, un peu embourgeoisé par cette baguette coincée sous un coude, par ce paquet de croissants tenu de l’autre main. Mais on prend un croissant dans le sac. La pâte est tiède, presque molle. Cette petite gourmandise dans le froid, tout en marchant : c’est comme si le matin d’hiver se faisait croissant de l’intérieur, comme si l’on devenait soi-même four, maison, refuge. On avance plus doucement, tout imprégné de blond pour traverser le bleu, le gris, le rose qui s’éteint. Le jour commence, et le meilleur est déjà pris. »

Avec Fellacia Dessert, cela devient « le travelo du trottoir » :

« On a attendu que l’autre s’endorme. En silence on s’est alors levé, on s’est rhabillé, on a traversé l’appartement et on est descendu, sans claquer la porte. Ce ne sera pas long.
Dehors, on est cueilli par le froid, mais on a le sang si chaud qu’on le sent à peine. Pourvu qu’elle soit là. On marche jusqu’au bout du trottoir, le cœur battant, la main dans la poche serrée sur les billets.
Elle est là, juste derrière le mur. En guêpière, bas, talons vertigineux. Plus belle que n’importe quelle vraie femme. Plus belle que celle qui dort, là-haut. Les billets changent de main, les corps s’enfoncent sous la porte cochère. La nuit commence à peine, et le meilleur reste à prendre.
»

Mais sous l’apparente plaisanterie se cache l’affrontement de deux visions du monde résumé par les deux dernières phrases de ces extraits, aussi symétriques qu’opposées. Delerm, c’est l’adulte mélancolique, le regret de l’enfance : le meilleur est déjà pris. Il ne reste donc plus qu’à poursuivre mollement sa vie adulte au risque de ne pas l’investir pleinement. Pour le jouisseur au ça bouillonnant, gorgé d’énergie libidinale, excessif par nature, le meilleur reste à prendre, à investir, à conquérir. On ne s’y trompe pas lorsque Fellacia Dessert crache son venin dans « La première gorgée de sperme », véritable pamphlet hédoniste qui oppose ses excès au pusillanime Delerm :

A la Fnac...« Un faire-part de décès leur tiendrait lieu de carte de visite. En deuil des jours anciens, de ce qui aurait pu être et même de ce qui sera, en deuil d’eux-mêmes et de leur propre vie, ils poussent en pleurnichant leurs chants aussi exaltants que ceux des messes du dimanche matin.
Ah, vieille et douce France, tout embaumée dans ses plaisirs de retraités ! France des petites joies sans joie, de la délectation morose et du repli sur soi ! Fière France craintive ! Continuons à t’exalter, France routinière, nostalgique, passéiste ! Encore un peu, et tes adeptes des plaisirs minuscules te laisseront glisser vers l’ordre des bons vieux temps, vieux et increvables règnes des pleutres et des conformistes ! Temps du renoncement, et donc de toutes les compromissions ! Continuons à t’exalter, France immobile, débile, ringarde, impuissante, vieille, hypocrite, dégueulasse ! Qui cache sa bêtise crasse et son aigreur sous une modestie de petite-bourgeoise toute boursouflée de vanités !
»

Je ne sais pas ce que vous en pensez, ami lecteur, mais pour moi, ça sent le règlement de comptes !

15 mai 2007

Faites vos vœux (2)

le club...Vagant m'avait laissé le choix. Le choix du lieu, des protagonistes, et des armes.

Autrement chez soi, c'est là que ça allait se passer. Je dis ça, parce que ni lui ni moi ne savions ce qui allait arriver. Il faut toujours ménager une part à l'imprévu et l'imprévu ce jour-là aurait pu prendre les traits d'un couple séduisant, d'un défilé de lingerie, d'une exhibition érotique... A moins que ce ne soit Vagant qui reste stoïque.

Ne pas s'interdire le meilleur, ne pas occulter le pire, sachant que la soirée pourrait osciller entre le tout et le rien.

Contrairement à mes craintes, l'entrée ne nous fut pas interdite sous le prétexte d'une « soirée privée », rejetant nos envies et nos pas sur le pavé. L'accueil était chaleureux. Il faut dire que ce nous étions peu nombreux. Vagant et moi avons eu d'ailleurs le privilège de déambuler dans toutes les salles du restaurant coquin, tels les châtelains d'un manoir abandonné.

Faisons ensemble le tour du propriétaire, voulez-vous?

La salle du restaurant cosy, à l'étage supérieur un bar et une barre de lap-dance, plus haut encore des banquettes en attente de futurs occupants, et enfin une salle de bain.

Si vous m'avez suivi comme le fit Vagant. Alors sans doute avez remarqué mes bas résille et ma démarche chaloupée. Je n'y suis pour rien, ce sont les talons qui... Et comme Vagant, auriez-vous posé vos mains sur mes fesses?

Désormais, le ton était donné.

Pendant le dîner, nos pieds se rencontrèrent, nos mains s'évanouissaient sous la table et quelques baisers furent pris, d'autres donnés.

A côté de nous, un vieux couple, pas mari et femme, mais amant et maîtresse. Le monsieur parle de son chez lui, la dame au collier de perles, de son urticaire. Quelques bribes de leur conversation nous parviennent : « Sarkozy », « Ségolène », « firefox »... Mais Vagant et moi n'écoutions pas. Nous, nous en étions aux confidences, aux mots murmurés du bout des lèvres, aux caresses verbales, celles que je tirais d'un livre érotique et celles qui s'adaptaient à la situation.

Après avoir goûté mutuellement nos desserts, geste qui augurait comme un heureux préliminaire, nous décidâmes de prendre notre café à l'étage.

Vagant eut droit à une séance de lap-dance en règle. Bien choisie, la musique vibrait au son de tangos lancinants. Ça ne semblait pas déplaire à mon partenaire, à en juger par son sourire carnassier et par ses yeux brillants. Mais je préférais quitter la barre pour vérifier ses dispositions réelles à mon égard. En frottant mes fesses contre son sexe, je sentis qu'il bandait dur. Et entre nous, c'était cette barre-là que je voulais caresser. Il ne manquait plus que je relève ma jupe sur mon string effilé pour que le fauve sorte de sa cage. Vagant ne me laissa plus de répit. C'étaient ses mains qui pétrissaient ma croupe comme un sauvage, sa bouche qui parcouraient ma nuque tandis que moi je jouais à enlever mon corsage. Les miroirs nous renvoyaient le tourbillon du désir qui nous envahissait.

Pantelants, nous fîmes ensemble quelques pas de danse, si l'on peut appeler danse le mime d'une levrette. Tel un bateau ivre, nos envies prenaient le large, celui de la dérive. Plaquée contre la barre de lap-dance, les jambes autour de la taille de mon cavalier, je sentais que nous en étions arrivés au point de non retour. Quand les corps s'expriment, le langage se résume à des râles.

Dans un coin câlin qui n'attendait plus que nous, Vagant me lécha, en usant et abusant de toutes les pirouettes que sa langue pouvait dessiner. Après m'être remise de mes émotions, je tendis la main et trouva des menottes, tentation avec laquelle nous avons joué. Cela dit, mon bon génie ne perdait rien pour attendre. Et il s'en aperçut quand mes lèvres se refermèrent sur son gland. Très vite, nous avions compris à quel point nous étions de l'un et l'autre gourmands.

En 69, chacun pouvait sucer ce dont il était si friand.

Tout se passait à merveille, mais il y avait un mais. Un petit bout de ficelle qui dépassait de mes lèvres, celles du bas. Un problème n'en est jamais un pour peu que l'on soit avec un savant.

-Si nous le contournions? me dit Vagant.

Soit. Ce fut donc par derrière que j'accueillis son mandrin brûlant. Nul ne pouvait soupçonner ce qui se passait. Pas même les hommes que j'aperçus dans l'entrebaillement de la porte, qui croisèrent mon regard, mais n'entrèrent pas. Les jambes posées sur les épaules de Vagant, je me laissais aller doucement. C'était doux, c'était fort, et cela dura longtemps. Nous n'avions pas encore joui quand deux couples nous rejoignirent. Je sentis de regards se poser sur nous, mais je n'étais plus tout à fait là. Nos silencieux compagnons s'installèrent sur les banquettes à côté de nous. Des bruits de baisers faisaient échos aux nôtres. Mais en dehors de cela, le silence régnait. Seuls Vagant et moi, l'interrompions de nos gémissements.

Plus ouverte que jamais, je sentais Vagant aller et venir en moi. Ses mouvements se firent plus amples quand soudain, il posa ses deux mains sur mes épaules. Rien ne pouvait l'arrêter, c'était le galop final, la course à la jouissance.

Nous nous rhabillâmes lentement. Notre couchette étant la plus éloignée de la porte d'entrée, nous ne pouvions que passer devant ces corps enlacés. Une femme administrait une fellation à son silencieux partenaire tandis qu'une petite brune en guépière blanche chevauchait le sien. Les vieux amants quant à eux, regardaient la scène.

- Nous sommes partis comme des écoliers qui font l'école buissonnière.
- Tu voulais voir si les vieux amants allaient faire l'amour?

Vagant m'assura que non et me gratifia d'un baiser avant que nos chemins, qui nous avaient conduit dans ce lieu nocturne et luxurieux, se séparent sur une nuit, à mille autres plus belle.

Theodelinde

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