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31 août 2007
BlogDay post
Honnêtement ami lecteur, savais-tu que c’était la Saint Blog aujourd’hui ? Non ? Rassures-toi, moi non plus jusqu’à la semaine dernière. Le Blog fait partie de ces divinités montantes sur l’autel duquel on sacrifie son temps, dans l’espoir qu’il nous donne nos commentaires quotidiens, que son nom soit célébré et que son (vaniteux mais éphémère) règne vienne. Il aurait été en quelque sorte béatifié (plus précisément « festivisé » puisque la mode n’est plus aux béatitudes mystiques mais aux extases festives) voici trois ans, et en ce jour anniversaire mémorable, j’ai trouvé que l’occasion était bonne de vous faire découvrir cinq blogs au moins dignes d’une petite visite, à travers cinq extraits capables de se défendre tout seul et qui vous donneront sans doute envie d’en lire plus…
1/ Taxi de nuit : Les courses nocturnes d’un taximan dans un Montréal interlope.
Je n'arrive plus à me souvenir à quoi ressemblait l'homme. On les croise sans faire trop attention. On détourne le regard de peur d'être contaminé. Ces âmes errantes, mal rasées et malpropres finissent par toutes se ressembler. Ils portent presque tous les mêmes vêtements aux couleurs des ruelles que le soleil n'éclaire plus. Ils traînent sur eux et en eux une saleté indélébile. Celui-là n'avait pas de signe distinctif mémorable. Mis à part l'odeur rance qu'il dégageait, je ne me souviens pas de lui.
...
2/ Délocalisation littéraire : Les fictions d’une française exilée en Espagne… par son mari !
Ma femme me trompe. Dès notre rencontre je l'ai su, à la manière dont elle avait regardé autour d'elle au restaurant, l'air dégagé mais cherchant quelqu'un. J'ai soupçonné immédiatement le serveur (j'étais jeune et inexpérimenté à l'époque) mais avec du recul je penche aujourd'hui pour un autre client. Peut-être le gros à droite qui transpirait. Il m'avait paru fortuné, du genre à prendre du homard (ce qu'il avait fait). Ou bien le type avec un blouson en cuir, costume d'aventurier. Oui ce devait être lui.
Peu importe : elle me trompait déjà. Je me hâtai donc de l'épouser pour en avoir le coeur net et parce que, voyez vous, je l'aimais. Et puis soyons honnêtes, je pensais que ça lui passerait. Ou tout du moins je pensais qu'elle vieillirait assez vite et que l'idée de coucher avec ma femme passerait aux autres hommes. Malheureusement ma femme restait jolie, elle continuait de me tromper....
3/ Comment écrire un roman : un regard satirique (de plus) sur le mode de l’édition.
Grand concours du roman écrit à la truelle
Vous rêvez de publier ce roman qui fera enfin de vous l'être respecté riche et célèbre que vous avez toujours été intérieurement mais que par bête jalousie les autres se refusent à voir ? Les moyens de communications modernes n'ont pas de secret pour vous, et en outre, vous avez horreur de faire des photocopies ? Alors les lignes qui suivent vont peut-être changer votre vie…
Comme vous le savez sans doute, la famille Bouygues (les deux frères Martin et Olivier, maintenant que papa Francis a passé l’arme à gauche) est depuis des décennies honorablement connue pour encourager le développement des Arts et de la Culture sur notre bonne terre de France.
Cette prestigieuse mission ne date pas d'hier, souvenez-vous : déjà, en 1987 les modestes maçons rachètent à l'Etat la première chaîne de télévision pour en faire le temple de l'érudition et du raffinement que l'on sait. Mais le fait d'avoir hissé la petite lucarne à un niveau d'exigence encore jamais atteint ne suffit pas à ces insatiables défenseurs de la culture pour tous....
4/ Sexe des anges : Quand il était petit, il voulait être dompteur de mots.
"Et ben tu sais papa, je me souviens de tout, il suffit que je regarde dans ma tête".
"Ah oui ?"Ca a quelque chose d'attendrissant. Il est devant moi et je me dis que ça doit être sympa d'être un petit garçon, retomber en enfance pour regarder dans sa tête et n'y voir que des choses jolies.
Ça me donne presque envie de chialer. Il ne s'aperçoit de rien, pour lui tout ça est naturel. Il me dit se souvenir l'avoir emmener à mon travail, qu'il y avait un docteur très gentil. Puis aussitôt il change de sujet. Un vrai gosse....
5/ Baratin : Un bon exemple vaut mieux qu’un long discours.
La nuit mon père se levait et fumait dans les toilettes. Je n'aimais pas aller aux toilettes après lui. Il oubliait toujours d'ouvrir la petite fenêtre, les murs devenaient gris et ça puait. Il laissait ses mégots dans la cuvette. Je trouvais cela très sale. Le matin au réveil ou dans la nuit il toussait et nous réveillait moi ma sœur et mon frère. Je n'aimais pas son haleine ni l'odeur de cigarette qu'il laissait partout. Ma mère lui demandait souvent d'arrêter de fumer mais il n'arrêtait pas, c'était un sujet de dispute permanent. Mon père est mort d'un cancer de l'estomac et des poumons en 1998 après un traitement long, pénible et douloureux. La semaine dernière chez ma mère j'ai retrouvé cette odeur de cigarette dans la maison et j'étais content de la sentir.
11:19 Publié dans In vivo | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : BlogDay2007
28 août 2007
Sera-t-elle sèche ou mouillée ?
C’est toujours sur le point d’y pénétrer qu’on se pose la question: sera-t-elle sèche ou mouillée ? Avant, on ne pense même pas à ce détail prosaïque, seul compte le but, qu’il soit hygiénique, voire sportif, ou tout simplement pour le plaisir. C’est ce que je réponds, moi, quand on me demande pourquoi j’y vais si régulièrement : « pour le plaisir ». Inutile d’entrer dans des détails plus intimes, trop obscurs. Comment pourrais-je expliquer la fébrilité que je ressens chaque mardi, dès le matin, lorsque je sais qu’en sortant du bureau le soir venu, j’irai y lâcher mon trop plein d’énergie, et toutes mes frustrations accumulées depuis une semaine ? Comment dire l’exaltation adolescente qui me saisit en chemin, qui me ferait presque y courir, la même inaltérable émotion depuis que mon père m’y a emmené la toute première fois ? Comment raconter un sourire équivoque, un corps de femme à moitié nu, la bourrade virile des autres qui m’invitaient à la suivre, les escaliers que je ne pouvais pas monter tant mes jambes étaient lourdes, l’air narquois des autres femmes devant le souffle de ces premiers désirs dans mon slip toutes voiles dehors, l’émotion des ablutions, l’eau, et comment j’ai plongé en elle ? Comment raconter un premier amour ?
Quand on arrive, on vous salue amicalement. On vous connaît depuis toutes ces années. On règle les formalités d’usage, et on en choisit une de libre, souvent la même. Pour moi, c’est toujours l’avant dernière porte au fond à gauche. Lorsqu’elle est prise, j’attends tranquillement mon tour, même si d’autres sont disponibles. J’ai mes habitudes, et l’attente n’est pas vraiment un problème. C’est même le meilleur moment. On peut laisser la chaleur des lieux vous envahir tout doucement avant de se déshabiller. Il fait si froid dehors. On peut même fermer les yeux, et chercher les fragrances d’eau de toilette masquées par l’odeur caractéristique qui vous a assailli dès l’entrée, légèrement âcre, mais devenue indissociable du plaisir qu’on va prendre. On entend les piaillements des plus jeunes, les bougonnements des plus vieux, l’agitation derrière la porte close qui vous fait rêver à Dieu sait quoi, qui laisserait presque croire qu’un peu de fantaisie pourrait se glisser entre les gestes mécaniques et pressés. Enfin, ce dont on est sûr, c’est que ce sera bientôt son tour, et on se sent bien dans cette attente là. À vrai dire, je n’aime pas être le premier. Plus tôt dans la journée, c’est toujours sec, et un peu trop propret à mon goût. Ce n’est pas que j’aime la saleté, mais non seulement les va-et-vient des autres avant moi humidifient l’endroit, mais il me mettent d’emblée dans l’ambiance : leur passage m’inscrit dans une certaine continuité, presque une tradition. On se sent ainsi plus à son aise, moins à l’étroit. On se lâche en regardant leurs traces comme des promesses d’ivresse. Ça y est ! Le gars précédant vient de sortir, encore rouge de l’effort et les cheveux humides, et je pénètre enfin dans la cabine de la vieille piscine municipale.
17:50 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Littérature



