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11 septembre 2007
Interprétation libre
C’était vendredi soir, un vendredi soir d’ouverture de coupe du monde, mais la crêperie était presque vide faute d’écran large. Ça tombait bien, Mathilde et moi avions envie de calme entre deux mêlées sur le terrain de ses draps roses. Nous nous sommes assis face à face, seuls à l’étage et presque au monde. En tous cas, il n’y avait que nous dans nos champs de vision jusqu’à ce des gens ne s’assoient non loin. À leur conversation ostentatoire, on a vite compris que c’était un petit groupe de cathobourges. Ils nous ont lapidés du regard, Mathilde et moi : J’ai une alliance, vingt ans de plus qu’elle, et nous ne donnions pas l’apparence d’un père et de sa fille. Au point que cela n’avait pas échappé au jeune serveur tout particulièrement aimable. Lorsqu’il nous a apporté notre crêpe dessert à partager, il nous a dit : « Je me suis permis de vous faire une jolie décoration en sucre. »

L’intention nous a semblé charmante, et nous avons fait honneur à cette excellente crêpe aux pommes et à la cannelle. Quand j’ai demandé l’addition, le serveur est venu et je lui ai tendu ma carte bleue. « J’espère que c’est Monsieur qui paye ! » a-t-il sorti tout de go. Mathilde et moi étions décontenancés. Je ne suis parvenu qu’à émettre une pauvre réplique : « Cela aurait bien pu être la carte de Mademoiselle, après tout, elle est assortie à la couleur de ses vêtements. » Nous avons quitté le restaurant sur un sentiment de malaise, léger comme un pet évanescent.
07:25 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : crêperie, savoir vivre, mathilde, adultère
10 septembre 2007
Le VRP
L’horloge indique 22h30 mais elle est en avance. Elle m’accompagne partout, cette petite horloge, aux quatre coins de la France. Elle est de tous mes coups. Je viens d’ailleurs d’y jeter un coup d’œil pour savoir combien de temps il me reste à tirer, et je me concentre à nouveau sur ces deux trous où s’introduire.
Je suis VRP. Je vends tout et surtout n’importe quoi, tant que cela me permet de sonner aux portes, de planter mon sourire carnassier dans l’entrée entrebâillée, et glisser des regards insidieux dans l’échancrure des vies privées. Ce sont presque toujours des femmes qui m’ouvrent, de ces ménagères de moins de 50 ans que les pubards cherchent à baiser, alors qu’il suffit de sonner à leur porte avec une gueule d’amour. Dès le premier regard, je sais si je vais conclure l’affaire. Après quelques questions stratégiques, je sais quand et comment. Je me suis spécialisé dans la petite bourgeoises engoncée dans un mariage sous lexomil, piégée par les marmots et les crédits à taux variable, mais prête à vivre la grande aventure entre la purée du déjeuner et le chocolat du goûter : trois heures de ménage maquillées en rêve à bon compte auprès d’un beau sentimenteur. Alors elles m’ouvrent tout, de leur chambre à coucher à leurs rêves télévisés, elles s’ouvrent jusqu’au cœur pour que je les cambriole.
Je suis VRP, officiellement. Tout s’est très bien passé cet après midi avec ma cliente. Elle m’a même fait la bonne surprise du mari en voyage d’affaire pour la semaine, alors j’ai tout mon temps. No Stress. Ça va glisser comme dans du beurre. Maintenant qu’il fait nuit, il ne me reste plus qu’à décider comment la violer. Devant moi, deux trous. Celui de gauche est ouvert, pas béant, non, juste ouvert, prêt à ce que j’y pénètre. L’autre est fermé, prêt à être forcé. Entre les deux, un espace incertain, rouge brique. Inutile de risquer la blessure, je vais opter pour la fenêtre de gauche. Il me semble bien que c’est celle du bureau. Le fric est dans le tiroir du bas.
12:05 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : VRP, coumarine, Littérature



