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23 septembre 2007

Elles

   Je lui ai dit de se taire.
   C’est tout ce que j’avais trouvé pour arrêter un instant l’engrenage, au moins reculer l’échéance. Il a retenu son mouvement et m’a regardée avec ses yeux de brute, vides comme une nuit sans lune:
- Tu veux que je la ferme ? Moi ? Je n’ai rien dit, abrutie ! T’entends des voix !
- Ne l’ouvre pas, je t’en prie…
   J’ai vu un éclair de compréhension dans son regard fou, et puis un mauvais sourire sur ses lèvres épaisses. Il a brandi son couteau suisse et il l’a ouverte comme un porc. Elle s’est vidée à gros bouillon. C’est tout juste s’il l’a regardée. Sans doute devait-il déjà la considérer comme un cadavre. Il en a mis partout, de ce liquide poisseux et âcre, qui colle à la peau et à l’âme. À moi de nettoyer tout ça, d’effacer les traces de son crime devant Dieu. J’ai l’habitude maintenant. Je me suis endurcie. Je sais.

   Avant, je me doutais bien qu’après son travail à l’abattoir, il ne rentrait pas directement à la maison. Où allait-il traîner, je ne voulais pas le savoir. Pas savoir où filait sa paye ; pas identifier les odeurs sur ses vêtements ; oublier mes cauchemars avec elles comme les gros titres des journaux ; tout encaisser plutôt que ses coups. Jusqu’au jour où il en a ramené une à la maison.
   Je m’en rappellerai toujours, elle était là, petite au creux de la banquette, impassible, rutilante de paillettes aux reflets noirs et rouge. Superbe. La beauté du diable.
- Je t’en supplie, Reza, pas devant moi, pas chez nous…
- Chez moi ! Et je fais ce que je veux !
   Je me suis ruée sur elle, je voulais la balancer sur le pallier, mais il m’a envoyée valser d’une seule gifle. Quand j’ai repris mes esprits, il l’avait prise, il l’étreignait dans ses mains de boucher, et quand il en a fini avec elle, il l’a fracassée contre le mur du salon. Une horreur ! J’ai réussi tant bien que mal à faire disparaître tous les morceaux du cadavre avant la visite de l’imam. Quelle honte !
   Ils sont cachés dans le placard avec celles qu’il n’a pas brisées.

21 septembre 2007

Bachelor (3)

Note spéciale CUI

Je suppose que tous mes fidèles lecteurs connaissent Comme Une Image alias CUI, l’homme aux mains pleines de dames, le libertin au caleçon hawaïen, le fornicateur de l’opéra, le séducteur à la 106 Kid. Il serait donc fatigué de l’esprit, et sans doute du corps au vu de son programme chargé,  au point que malgré sa vivacité légendaire, il se demande s’il a bien tout compris à mon jeu « Bachelor » initié ici et explicité . Ses questions sont néanmoins si pertinentes que je le soupçonne de dénoncer indirectement mes carences conceptuelles comme doit le faire tout bon ingénieur diplomate devant des spécifications déficientes - on ne dit pas « ça ne marchera jamais parce que…» mais « je n’ai pas bien compris comment… ». En gros, CUI a assez bien presque tout compris, et voilà les détails où, comme chacun sait, se cache le diable :

I-Sur l'envoi de candidature

a) tu réceptionnes
 Oui

b) tu valides
 Oui

c) tu transmets à Cassandre
 Oui, et seulement la lettre en m’assurant de son anonymat. Les candidats seront ainsi appelés A***, B***, C***… selon leur ordre d’arrivée dans ma messagerie.

d) tu publies éventuellement sur ton burp
 Oui

e) Cassandre donne ou non son accord pour la phase II.
 Oui.

II-Sur le rendez-vous préliminaire

a) tu joues les intermédiaires pour convenir de la date et du lieu.
 Oui

b) Seule Cassandre participe au rendez-vous, sans savoir laquelle des lettres retenues son interlocuteur a écrite.
 Oui

c) Cassandre t'indique ensuite si elle donne ou non son accord pour la phase III
 Oui

d) Des interventions sur ton burp à ce niveau ?
 Peut-être quelques notes de la part de Cassandre, selon ses désirs et l’autorisation des candidats. Cela reste à définir.

III-Sur le rendez-vous int. -18

a) à nouveau, tu joues les intermédiaires pour convenir de la date et du lieu tout en cachant l'identité de celui que Cassandre va rencontrer les yeux fermés.
 Oui

a-bis) cela suppose que la phase II est close, de même que la phase I doit être clôturée avant de démarrer la phase II.
 Je l’espère, mais pas forcément. Je pourrais continuer à recevoir des candidatures pour la phase I alors que la phase II a commencé, s’il s’avérait que les premiers rendez-vous préliminaires sont infructueux.

b) il se passe ce qui doit se passer sans ton intervention (pour le contrôle du respect du règlement notamment ?)
 Ta question est aussi ambiguë que le sera ma réponse : selon les circonstances, je prendrai les mesures nécessaires pour garantir autant que possible la sécurité de Cassandre. Le respect de son intégrité physique est ma première priorité. J’en suis implicitement responsable. Cassandre me fait confiance pour organiser ce jeu dont elle ne pourra jouir que si elle se sent en sécurité. En revanche, je n’ai pas à contrôler le respect des règles : je suis l’organisateur, pas le juge.
 
b-bis) tu remplaces subtilement un des participants à son insu ou pas (chuttt)
 Non, pour les raisons données ici.

c) Des interventions sur ton burp à ce niveau ?
 Peut-être quelques notes de la part de Cassandre, selon ses désirs et l’autorisation des candidats. Cela reste à définir.


IV-Annonce des résultats

a) Cassandre classe pour chacune des phases les différents candidats toujours sans savoir faire la liaison entre les différentes phases (sur ce point, j'ai quelques doutes : 1) déjà sur la capacité de Cassandre à ne pas identifier les participants à partir de leur lettre (je me place évidemment dans l'hypothèse des participants burpeurs, ayant éventuellement un style rédactionnel) (ou alors ça veut dire qu'il faut se dissimuler mais alors quid de la sincérité ???) 2) à ne pas faire le lien entre l'écrit et l'oral des phases I et II 3) à ne pas faire le lien entre les cris et l'*** des phases II et III.
 Certes. À chacun de faire au mieux. Si tu participes et si tu penses que le fait d’être reconnu est un avantage, tu peux laisser transparaître ton style. Si tu penses que cela peut t’être préjudiciable, tu peux t’efforcer d’adopter un ton plus neutre. À toi de voir. Tout commentaire dévoilant l’identité réelle ou supposée des uns et des autres sera immédiatement effacé.

b) Par un subtil calcul (as-tu prévu des coefficients ?), tu nous offres un palmarès en dévoilant à tous qui fit quoi ?
 Non

c) Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants et reçurent un chèque de 100.000 €. C'est ça ? (Ça m'apprendra à ne pas regarder les jeux à la télé, je suis largué.)
 Non. Il n’y a à gagner que le plaisir partagé de la phase III.

10:50 Publié dans In vivo | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Bachelor, CUI, jeu libertin

20 septembre 2007

Bachelor (2)

Très chère Cassandre,


J’ai le plaisir de vous faire parvenir une première candidature suite à l’annonce faite sur mon blog. Je vous en laisse seule juge:

Exquise Cassandre,

   Je prends à deux mains ma plume, mon courage et mon envie de vous plaire. Je ne vous devine qu’à travers les lignes de Vagant. Et la jeune femme que je découvre entre les mots me fascine. Il faut avoir en effet une imagination débordante, délicieusement perverse, érotique et subtile pour lancer pareil défi. Pourquoi tenter l’aventure? Justement parce que je succombe au jeu autant que je m’enivre des parfums capiteux que les femmes exhalent.
   Je ne vous cache pas qu’être à la hauteur de vos espérances sera difficile. Mais j’aime séduire avec périls ; et, triompher ou perdre, qu’importe au fond, si on y a mis un peu de gloire ou tout au moins d’ardeur!
   Ajoutons à vos attraits et qualités toute cérébrales, un corps désirable et nous aurons dressé un tableau, certes impressionniste mais approchant, je l’espère, du modèle que je ne demande qu’à admirer. 
   L’on aimerait descendre doucement du cou jusqu’à cette poitrine ronde, s’aventurer sur votre peau hâlée et si douce, à n’en pas douter, et y laisser autant de baisers que votre charme et votre sensualité réclament.
   Pardonnez la brièveté de ma lettre. Mais parfois les mots ne suffisent pas, ils réclament de l’aide, ils ont atteint leurs limites. Et alors, ils attendent que les mains, les lèvres, le souffle, les caresses, disent ce qu’ils ne peuvent exprimer. 
   Votre sensualité affolante, douce, mais non moins voluptueuse Cassandre, excite la mienne qui brûle d’en connaître la saveur.
   Sans vouloir jouer les Cassandre, sachez que vos attraits, si riches de promesses grisantes, me laissent espérer que je ne caresserai pas seulement des chimères.

A***


Comme convenu, j’ai rendu cette lettre anonyme avant de la publier conformément aux désirs de ce candidat dont j’ai pu vérifier le sérieux. Je vous prie, ma chère Cassandre, de ne pas commenter publiquement cette candidature, tout au moins pour l’instant.

Bien à vous,


Vagant

_______________________________________

 

Note à l’attention des candidats

J’ai reçu quelques messages d’éventuels candidats à « Bachelor » qui m’ont fait part de leur perplexité, tout particulièrement en ce qui concerne le procédé qui leur a semblé confus. C’est en vérité très simple et se déroulera en trois étapes :
1/ L’esprit : Tous les candidats à une rencontre avec Cassandre, dont quelques photos ont été publiées ici, écrivent une charmante lettre à son intention sur vagant75@yahoo.fr. Cette lettre devra cependant respecter un premier tabou : l’anonymat. Si le candidat l’accepte, sa lettre sera publiée anonymement sur mon blog comme c’est le cas pour celle de A***. Je vérifierai par ailleurs la fiabilité et le sérieux de chacun.
2/ La vue & l’ouie : Parmi tous ces candidats, une demi-douzaine seront invités à rencontrer Cassandre en tête à tête au cours d’un dîner, d’un déjeuner ou simplement pour prendre un verre, afin de faire connaissance et constater d’éventuels atomes crochus. Chaque candidat devra néanmoins respecter le tabou de l’anonymat : ne pas révéler son identité, ni de quelle lettre il est l’auteur.
3/ Le toucher : Ceux et celles qui auront été séduits par Cassandre autant qu’ils auront su la séduire, auront alors le plaisir de la connaître dans l’intimité, où ils devront faire preuve d’une sensualité raffinée et imaginative plutôt que d’une sexualité fougueuse et endurante. Là encore, il y aura le tabou de l’anonymat à respecter : ne pas révéler son identité. Chaque candidat devra donc s’efforcer de garder le silence tandis que Cassandre gardera les yeux bandés !

Les qualités requises pour participer à ce jeu sont la discrétion sans l’effacement, le raffinement sans affectation, l’imagination dans toute sa subtilité, la sensualité originale au lieu de la sexualité bestiale, le charme plus que la beauté bien que Cassandre soit particulièrement sensible à beauté des sylphides, qu’on se le dise !

Est-ce plus clair ?

19 septembre 2007

Le jeu

da61b43d11d3befaf787c2c483ccae16.jpgIl faut atteindre les dernières pages de Hors jeu, le premier roman de Bertrand Guillot alias SecondFlore, pour comprendre véritablement son sujet : Le Jeu. C’était pourtant dans le titre, me direz-vous judicieusement, mais il m’aura fallu du temps pour comprendre combien ce titre a été bien choisi. Car Hors jeu a pour ambition de traiter du jeu sous tous ses aspects : de la cruauté du jeu de la drague à la vacuité du jeu social, de l’aliénation du jeu vidéo à la folie du jeu de casino, en passant par le jeu télévisé qui en synthétise toutes les tares, omniprésent sur nos écrans et dans ce roman où il nous apparaît plus que jamais comme la caricature grossière des jeux sociaux insidieux. Bien des auteurs ont traité divers aspects du jeu, Dostoïevski avec Le joueur bien sûr, mais aussi Houellebecq, Beigbeder, Kundera, et on les perçoit entre les lignes de Hors jeu, que ce soit pour le fond ou sous la forme. Dans l’ombre de ces monuments contemporains, traiter un sujet aussi vaste est probablement une gageure.
Bertrand s’en sort bien avec un roman accrocheur, au style résolument moderne qui nous entraîne dans les tribulations de Jean-Victor Assalti, héros creux dont le vernis craquelle au point que sa vaniteuse puérilité finit par nous être sympathique. Tombé au chômage après une ascension aussi fulgurante qu’éphémère, il cherche à rebondir dans un jeu télé dont il veut rafler le gros lot avec panache. Il me semble que le tournant du roman se situe à la fin de la troisième partie - lorsque Jean-Victor retrouve une des candidates du jeu - au cours d’un paragraphe que je vous livre in extenso :

Prenant mon courage à une main, ma rose dans l’autre, j’ai avancé. Doucement. En passant, j’ai repéré une table où deux filles lookées Vogue buvaient de grands verres de vin blanc. « Même sur Meetic je ne suis tombée que sur des caves », disait Marie-Claire à Isa.
J’ai tout juste eu le temps de cacher la fleur sous la chaise. Emma a posé son livre, relevé la tête, m’a vu. Sourire d’ange.
- Bonjour !
- Et dire que j’ai cru ne jamais revoir ce sourire…
- On trouve toujours quand on sait chercher, Monsieur le Conseiller…
Ai-je rêvé ou elle avait rapproché sa main sur la table ? J’ai préféré parler de son livre.
Risibles amours, donc. Tu aimes ?
- Oui. C’est un recueil de nouvelles. Je viens d’en finir une qui m’a fait penser à toi.
- Ah, oui ?
- C’est l’histoire d’un jeune couple. Le Jeu de l’auto-stop. Elle est timide et jalouse, lui est amoureux mais maladroit. L’his…
- Pardon, mais… Tu es timide, toi ?
- Idiot ! Donc l’histoire commence dans la voiture : ils partent en vacances. Ils parlent des auto-stoppeuses frivoles qui courent les routes tchèques, la fille imagine toutes les aventures qu’il a pu avoir, loin d’elle, dans sa voiture. Quand il s’arrête dans une station-service pour faire le plein, elle s’en va toute seule, à pied. Il la retrouve un peu plus loin, pouce levé comme une auto-stoppeuse. Il s’arrête à sa hauteur, la laisse monter…
- Un apéritif peut-être ?
La serveuse était arrivée à notre table, discrète comme une coupure publicitaire. Emma a fini son verre, m’a interrogé du regard.
- Bien sûr, j’ai dit. Tu reprends la même chose ?
- Ah non ! Varions les plaisirs.
Elle a tenté un merlot chilien, le moins cher de la carte, j’ai commencé par un bourgueil. La serveuse m’a demandé si nous voulions des grands verres. Bien sûr, j’ai répondu, et discrètement je lui ai demandé en bonus une chope de bière remplie d’eau.
- Les voilà sur la route, donc…
- Oui. Mais la situation a complètement changé. Un jeu s’est instauré : ils jouent a être deux inconnus qui vont finir la nuit ensemble. Libérée de sa timidité, elle joue la fille facile et y prend goût, elle le provoque et ça l’excite.
- Et alors ?
- Alors, le jeu les dépasse tous les deux. Prisonniers de leur scénario, ils ne peuvent pas éviter l’escalade. Quand ils arrivent à l’hôtel, il finit par la traiter de pute, littéralement je veux dire, il lui fait l’amour comme une brute, elle veut sortir du jeu mais n’y arrive pas, et elle finit par jouir comme jamais, mais en pleurant.
- Et elle le quitte ?
- On ne sait pas. Le garçon essaie de la consoler, sans succès. Tout ce que nous dit Kundera, c’est qu’il leur reste treize jours de vacances. J’aime quand les histoires n’ont pas de fin…
Son émotion était visible. Elle venait de loin, bien plus loin que nous deux. Je me suis retourné pour voir où en étaient nos apéritifs.
- Et quel rapport avec moi ? j’ai demandé.
- Le jeu !

05187778fcb64485344099a3e9751d4a.jpgRisibles amours est, à mon avis aussi, le meilleur livre de Kundera. Loin d’être une œuvre de jeunesse immature, chacune de ses nouvelles préfigure les romans de sa postérité. Ainsi Le jeu de l’auto-stop est une merveille d’engrenage psychologique initié par les règles d’un jeu imbécile qui mène un jeune couple au désastre en révélant la part d’ombre de chacun, la part de l’autre. Le jeu agit comme un révélateur de l’âme en bâillonnant la raison avec ses règles ad-hoc:

Et il ne servait à rien d’appeler au secours la raison et d’avertir l’âme étourdie d’avoir à garder ses distances et de ne pas prendre le jeu au sérieux. Justement parce que c’était un jeu, l’âme n’avait pas peur, ne se défendait pas et s’abandonnait au jeu comme à une drogue […] dans le jeu, on n’est pas libre, pour le joueur le jeu est un piège.


J’ai plus d’une fois pu constater combien cette phrase est vraie et comment le jeu pouvait exercer son emprise jusqu'à déborder ses protagonistes, comme ce fut le cas ici.

En conclusion, ne choisissez pas un de ces deux livres : ouvrez les deux comme les paupières sur la mécanique des jeux qui nous submergent.

17 septembre 2007

Bachelor (1)

Très chère Cassandre,

C’est avec un certain étonnement, mâtiné d’un agacement certain, que j’ai reçu votre subtile proposition. Ma réponse, en revanche, ne vous surprendra probablement pas, eût-elle la forme d’une lettre ouverte. Permettez-moi donc de résumer en une phrase le défi que vous me lancez : organiser un concours de séduction dont vous seriez à la fois l’objet, l’enjeu, et dont je serais l’arbitre !

Avez-vous la moindre idée du supplice de Tantale auquel vous me soumettez, ma chère Cassandre ? Non seulement vous êtes restée sourde à mes appels luxurieux, aveugle à mes appâts capiteux, muette à ma cour assidue, mais après m’avoir ôté tout espoir de conclusion galante, vous voudriez que j’orchestre vos frasques libertines ? Et vous avez l’audace de m’assurer que je prendrais un certain plaisir à cette entreprise, le seul que vous me concéderez jamais : le plaisir du pouvoir de l’eunuque, gardien d’un harem virtuel dédié à votre seul plaisir de sultane ? Voilà des chandelles bien brûlantes à tenir, à la cruelle lumière desquelles je verrais plus sûrement mon humiliation que de supposées leçons de séduction. Mais puisque vous me poussez à ces extrémités du plaisir cérébral, moi qui ait eu la forfanterie d’affirmer trouver autant de plaisir à préparer l’orgie qu’à y participer, puisque vous me prenez aux mots qui m’apparaissaient doux pour se révéler aujourd’hui bien amers, je suis contraint d’accepter le défi que vous me lancez, et qui ne me permettra de jouir de vous que par procuration. Jamais mon souffle ne se perdra dans la cascade de vos cheveux noirs ; jamais mes doigts ne courront sur votre peau diaphane ; jamais mes yeux ne sombreront plus bas que votre décolleté ; à jamais rêverai-je vos équipages fantastiques et de vos transports légendaires.

Venons en donc à la description des trois étapes de notre carte de Tendre que vous me défiez de mettre en place, et mes obligations de majordome qui en découlent:

1/ Publier sur mon blog un « appel à candidature » pour séduire une femme aussi difficile que délicate, mais une amante aussi fougueuse qu’imaginative. Considérons qu’avec cette lettre ouverte, c’est désormais chose faite. Cette annonce indirecte n’est guère racoleuse, mais après tout, nous n’avons que faire de ceux qui n’auraient pas la patience de comprendre ma prose superfétatoire.

2/ Recevoir sur ma propre messagerie les lettres de motivation des candidats en réponse à cette annonce. Ces lettres seront adressées à vous, ma chère Cassandre, et éventuellement publiées anonymement sur mon blog. À vous d’en juger le bon goût et la pertinence, à moi de m’assurer de la fiabilité de vos sigisbées.

3/ Organiser autant de dîners en tête à tête avec vous que de soupirants retenus. Tel un paon empressé, chacun pourra ainsi déployer auprès de vous « l’éventail complet de ses qualités physiques et morales » comme vous me l’avez écrit, avec un seul tabou : la lettre de motivation ne devra jamais être évoquée. Vous jugerez alors de leur pouvoir de séduction, pour sélectionner ceux qui sont dignes de passer à l’ultime étape.

4/ Assurer votre sécurité tandis que chacun des heureux élus sera invité à vous conquérir physiquement. Car si c’est au pied du mur qu’on juge le maçon, c’est aux pieds de la maîtresse qu’on juge le partenaire sensuel. J’ai bien noté que vous n’attendez pas d’eux des exploits sexuels, mais la capacité d’imaginer un dispositif érotique susceptible de vous enchanter, sous la contrainte de l’anonymat : En aucun cas devront-ils parler ni révéler leur identité d’une quelconque manière, et vous garderez les yeux bandés tout au long des ébats pour ne pas les identifier. Ainsi chacun d’eux sera jugé sur la seule base du plaisir qu’il vous aura donné, indépendamment de son charme ou de ses atouts littéraires.

5/ Publier ici même, sur la base de vos évaluations au terme des trois étapes de ce concours d’amantitude, qui fût à vos yeux le meilleur amant… ou la meilleure maîtresse !

Croyiez-vous, ma chère Cassandre, que j’allais obéir aveuglément à tous vos desiderata ? Pensiez-vous que j’allais servir servilement vos fantasmes érotiques sans y mettre un seul grain de sel ? Ce serait mal me connaître ! Je sais vos penchants saphiques, tout particulièrement marqués à l’endroit des toutes jeunes femmes, et je leur ouvre donc largement les portes de ce concours ! J’entends déjà vos objections : « On ne juge pas le charme d’un homme et le charme d’une femme selon les mêmes critères » ou encore « Comment pourrais-je comparer le désir que m’inspire un homme et celui que m’inspire une femme ? ». Permettez-moi d’y opposer l’argument suivant : Ce concours à pour objet de vous séduire Cassandre, vous et personne d’autre, avec les atouts dont les candidats disposeront ; il ne s’agira pas de déterminer qui est l’homme le plus séduisant, mais de trouver la personne qui a su le mieux vous séduire dans ces circonstances si particulières. Vous ne devrez donc pas classer les atouts disparates des candidats pour leur attribuer une note comparative, mais juger chacun selon les émotions qu’il vous aura données indépendamment des autres.

Je pense avoir bien résumé les termes et les enjeux de ce concours de séduction, n’hésitez donc pas, très chère Cassandre, à m’écrire en privé toute précision nécessaire ou instruction supplémentaire : je suis votre obligé.

Bien à vous,

Vagant

___________________________________________

eee23287e8f1384ece85da2016426838.jpgAmi lecteur, la lettre ci-dessus n’est pas un exercice de style et encore moins une facétie de ma part. Je viens de vous présenter, sous la forme de cette lettre ouverte, le concours bien réel – réel dans toute son acception charnelle – dont la mystérieuse Cassandre est l’enjeu et l’objet. 603657b86269667508d3266ba6a5aca2.jpgJe ne dirai rien de plus quant au charme inimitable de cette jeune trentenaire, et vous ne verrez rien d’autre d’elle que ces quelques photos qui, je l’espère, vous inspireront les plus tendres pensées. En vérité, je suis certain qu’il ne saurait en être autrement et je vous invite à lui écrire sur ma messagerie : vagant75@yahoo.fr, en joignant votre âge, quelques photos et votre contact téléphonique si nous ne nous connaissons pas par ailleurs. Avant de participer, songez que la seconde et la troisième étape de ce concours se joueront impérativement en région parisienne. Ah, j’oubliais : si vous deviniez à tort ou a raison que Cassandre est votre belle sœur, votre voisine de palier ou votre petite amie, je vous invite très fermement à garder ces suppositions pour vous. Tout commentaire relatif à l’identité de Cassandre ou celle des futurs candidats sera impitoyablement effacé, car l’anonymat des uns et des autres est la clef de voûte de cette délicate entreprise. Je vous remercie d’avance pour votre compréhension.

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