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07 octobre 2007

Bachelor (7)

Eclatante Cassandre,

Vous, vous, on ne me parle décidément plus que de vous. Votre prénom est sur toutes les lèvres, des enjouées aux furieuses, et votre célébrité déborde déjà au-delà de ma petite blogosphère. Vous imaginiez vous jouer de moi en me demandant d’organiser le défilé des prétendants aux charmes que vous ne m’offrirez jamais, et je suis parvenu à retourner ma mauvaise fortune en faisant rejaillir sur moi un peu de la célébrité que je vous ai donnée. On se console comme on peut, persiflerez-vous sans doute, puisque voici une cinquième candidature que vous risquez d’identifier aisément : E*** y mentionne la soirée où ont été pris les clichés publiés ici, la fameuse soirée où j’ai perdu tout espoir de connaître les plaisirs que vous distribuez à l’envie…

Chère Cassandre

 

Nous nous sommes croisés, voici quelques jours, chez l’honorable Vagant. La rencontre fut fugace – mais est-il besoin de beaucoup pour réveiller le goût de l’aventure ?

Je n’ai vu de vous qu’un pied, une gorge, une oreille.

Un pied sur terre, car il n’est de femme qui s’appartienne plus que celles qui savent se donner.

Une gorge délicate sous une peau lisse, soulignant la fierté que j’avais devinée lorsque Vagant vous a présentée à mon arrivée.

Une oreille, enfin, dont je sais qu’il me faudra charmer le tympan avant d’en caresser le lobe – deux plaisirs bien distincts, pour celui qui les prodigue comme pour celle qui les reçoit, deux plaisirs fins qui se multiplient quand on sait les conjuguer.

 

La seule chose que je n’aurai pas vue de vous, au fond, ce sont vos yeux. Il faisait sombre, il est, et il y avait du monde. Je les imagine joueurs, s’allumant d’une flamme de défi et d’ironie. De grâce, aussi – c’est ce que j’ai songé lorsque je vous ai vue rejeter votre tête en arrière, riant sans doute du bon tour que vous veniez de jouer à notre hôte.

Je voudrais voir votre regard, Cassandre. Avant qu’un jour, vos yeux bandés, les miens bandant, nous ne donnions des sens à tout ceci.

En attendant je vous embrasse.

 

E***


En vous souhaitant de jouir de tout cela,

Vagant

07:50 Publié dans In vivo | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Bachelor

05 octobre 2007

La cliente

    Une jeune femme m’ouvre la porte d’entrée aux cuivres lustrés. La sévérité de ses atours souligne la chaleur de ses atouts : bas satinés sur peau ambrée, tenue rigoureuse sur gorge pulpeuse, blondeur angélique sur mascara diabolique. Elle m’offre le large sourire réservé à la plus « fidèle » clientèle - si tant est qu’on puisse parler de fidélité dans notre milieu - ponctué par un accueil déférent digne de mon dédain: « bonjour madame Carolyn ». C’est ainsi que je me fais appeler dans cette maison, même si personne n’est dupe. Tous savent qui je suis. 
    Une musique voluptueuse berce la salle dont la décoration bourgeoise affiche un luxe ostentatoire. Sur les murs capitonnés de cuir pourpre souligné de boiseries en loupe d’orme, des toiles originales encadrées de dorures sont éclairées à la bougie des lustres en cristal surannés. Mes talons pointus s’enfoncent dans la moquette onctueuse, tandis qu’on m’accompagne vers mon fauteuil club qui me tend ses bras accueillants. Les regards jaloux des clientes glissent sur mon arrogance. Ceux des garçons se prosternent à mes pieds. Je constate avec plaisir que Marquet a pris soin de me réserver ma place sans avoir eu besoin de le lui rappeler. La dernière fois, elle était prise par la pimbêche du JT en cuissardes de mauvais goût. Marquet sait trop bien ce qu’il lui en a coûté. Je m’assieds en prenant soin de faire crisser mes bottes tout en affichant une moue dédaigneuse. Il est encore tôt dans la soirée : autour de moi ne bruisse que le doux babillage des confidences luxurieuses, des corruptions vénales et des intrigues byzantines. Pour les rires cinglants et les sanglots étouffés, il faudra attendre encore un peu.

    Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour que j'aie dû attendre ma coupe de Veuve Cliquot millésimé, mais je dois avouer que Marquet ne s’est pas moqué de moi : ce jeune garçon est très à mon goût. Grand, les épaules larges et la taille fine, il porte divinement bien son costume Smalto, sobre comme je les aime, dont les reflets moirés mettent en valeur son teint halé et ses boucles noires. Il s’avance vers moi, droit comme un matador dans l’arène, avec aux lèvres le sourire conquérant qui joue à l’obséquieux, trahi par un regard ténébreux où semblent encore brûler les vestiges d’une antique noblesse castillane. C’est ainsi qu’ils me plaisent, qu’ils m’excitent, qu’ils m’agacent avec leur jeunesse insolente : encore âpres, presque rugueux, fiers comme des purs-sangs à dompter. Quelques années plus tard, repassé par les exigences de la clientèle, ce ne sera plus qu’une carpette insipide sans la moindre aspérité à gommer. Je peux déjà lire tout cela dans ses yeux sombres, les illusions passées à jamais perdues dans l’inéluctable déchéance à venir, tandis que je sirote mon champagne et que je savoure mon présent, ce délicieux moment qui précède l’énoncé de mes desiderata auxquels il se pliera avec la fausse connivence qui permet de supporter la servilité. Mais pour l’instant, je le fais attendre, debout devant moi qui le toise sans sourciller, en ne lui adressant qu’un sourire narquois à peine esquissé. Tous les garçons savent ce dont je suis capable, ils lui auront appris mes célèbres extravagances, les humiliations que je leur ai parfois fait subir, les larmes hargneuses que certains ont dû ravaler. Il doit y penser à son tour, et perdre peu à peu sa confiance au cours de ce duel, imperceptible s’il n’y avait la longueur de ces secondes silencieuses, jusqu’à perdre toute sa fière contenance, l’irrévérence de son regard qui m’esquive maintenant, qui descend plus bas sans oser s’arrêter sur ma poitrine opulente, jusqu’à venir lécher la pointe de mes talons rutilants.
    Il cède enfin et rompt le silence de sa voix charmante où perce encore un peu de soleil ibérique à peine voilé de grisaille parisienne.
    - Qu’est-ce qui vous ferait plaisir, Madame ?
    Mais qu’est-ce qui pourrait encore me faire plaisir ? Formulée ainsi, sa question est d’une candeur risible. Comme si je venais chez Marquet pour le plaisir ! Non mon petit, il n’est nullement question de plaisir ici, mais d’audaces flamboyantes, d’exigences perverses et de coups bien pesés. Malgré les apparences, nous ne sommes pas dans une luxueuse maison de plaisir mais au cœur des cuisines du pouvoir, dans l’antre des influences, à la cour des dominations ! Mais comme tu m’es sympathique, petit espagnol mal dégrossi, je ne vais te donner qu’une petite leçon, et puis… et puis j’ai envie de quelque chose, finalement : J’ai envie de me payer le luxe suprême de la trivialité dans le temple du raffinement.
    Je lui susurre un ordre. Assez bas pour qu’il ne l’entende pas. Il va devoir me faire répéter, ce qui le mettra dans une situation inconfortable, jusqu’à ce qu’il comprenne la position à prendre.
    - Je vous prie de m’excuser, Madame, je n’ai pas bien compris...
    Oui, tu n’as pas encore compris mon petit, me dis-je en répétant juste assez fort pour qu’il puisse bien sentir l’agacement dans le ton de ma voix, mais pas assez pour qu’il comprenne le sens de ma demande. Cependant, je sens que ça commence à venir: Il s’est penché en avant, le dos droit et les jambes tendues, jusqu’à ce que son visage soit à peu près au niveau du mien, mais légèrement au dessus néanmoins. Tu as les genoux encore un peu raides, bel hidalgo. Je répète encore mes instructions, bas comme une menace sourde dont il ne peut que comprendre l’ampleur. Il blêmit à l’idée de me faire répéter une fois de plus. Une fois de trop, même s’il a finit par prendre la pose qui convient à son rang : à genoux à mes pieds, comme une geisha empressée, l’oreille tendue à l’affût du moindre claquement de langue. Alors je lâche mon injonction à haute et intelligible voix dans le creux de son oreille. Il en sursaute et repart en tremblant, sa leçon bien apprise. Dieu qu’il est émotif !
    J’ai à peine eu le temps de faire le décompte des vieilles peaux qui se pâment pour la moindre œillade des garçons, que le mien revient, à nouveau fier comme Artaban, en apparence. Même s’il n’en a plus trop dans la culotte, c’est le cas de le dire, je suis agréablement surprise de ce qu’il exhibe, mais pas autant que toutes les clientes éberluées qui se retournent sur son passage. Il s’approche jusqu’à moi, un peu gêné malgré le naturel qu’il s’efforce d’afficher, et je ne peux réprimer mon sourire. Ah, Marquet sera toujours Marquet : comme pour me répondre du tac au tac, il a ordonné au garçon de me présenter sa queue dans une assiette démesurée ! C’est certes un beau morceau, plus long et plus épais que ce à quoi je m’attendais, mais tout de même, quelle assiette !
    Sans dévoiler la moindre émotion, je laisse couler mon regard sur le remarquable appendice amoureusement préparé, dans l’assiette dressée à mon intention. Mais je ne peux résister au plaisir de fermer les yeux lorsque son fumet vient chatouiller mon nez légendaire. Car ses arômes rustiques et généreux, ses effluves organiques à l’insolente authenticité m’ont aussitôt catapultée loin, très loin dans mes souvenirs d’enfance au fin fond de la Meuse. Là bas, bien cachée dans l’arrière cuisine, non loin de l’étable d’où provenaient les mugissements des bêtes et le parfum du foin aux abords de l’hiver, j’attendais le retour de mon père dès la tombée du jour, tandis que ma mère au fourneau y répétait ses gammes culinaires au rythme monotone d’une vieille l’horloge comtoise. Le vendredi soir, quand mon père qui rentrait de l’abattoir arrivait dans la cuisine, c’était toujours le même cérémonial. Ma mère allait à la fenêtre, elle vérifiait que personne ne risquait de les voir depuis la cour, elle se retournait vers mon père qui avait déjà sorti sa queue, et elle lui disait avec un ton de reproche démenti par sa mine réjouie:
    - Attends un peu ! Je ne suis pas prête !
    - T’as vu le morceau ? Tâte moi ça, touche un peu !
    - Oui, c’est vrai qu’elle est belle.
    C’est le moment où je fermais les yeux pour les abandonner au plaisir de l’instant, celui des sens primaires, qui nous touche en profondeur jusqu’à la lisière de l’âme, de l’olfactif atavique à l’auditif prénatal. J’inspirais à grandes goulées cette intense ruralité, la voix rocailleuse de mon père enfin revenu, et l’odeur du ragoût qui mitonnait sur le feu et embaumait la cuisine d’odeurs riches et généreuses. C’était un ravissement. L’oignon qui blondit comme du blé mûr, la crème épaisse qui se délite à feu doux, la viande et sa moelle légèrement grillées au four avant de mijoter où elles révèlent alors des arômes de gibier. Je distinguais tous ces parfums, ou plutôt je les entendais comme une aubade fulgurante aux unions de la chair, ils s’imprimaient en moi, me faisaient pâmer de plaisir, libéraient mes envies carnassières, au point d’aller fourrer mon nez dans le marmiton avec la concupiscence des affamés. Je crois que c’est grâce à ces moments là que j'ai compris quelle était ma vocation.

    Les yeux toujours fermés, je porte un bout de la queue à mes lèvres. A son contact chaud sur ma langue, à la fois moelleux et vigoureux, j’ai la sensation d’avoir à nouveau dix ans, dans la cuisine de maman, lorsque papa riait et lui disait que j’aimais ça: Je commence à la malaxer de la langue, des joues, du palais et des dents, je la mastique avec ampleur jusqu’à éblouir mes papilles de la suavité recueillie. Dans le ragoût de maman, la queue de boeuf - que papa chipait à l’abattoir - avait cette saveur, cette onctuosité, cette truculence que je croyais inimitable. Mais Marquet a réussi le tour de force de me mettre les larmes aux yeux. Il l’aura, sa quatrième étoile au guide Michelin.

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Toute ressemblance avec Une gourmandise de muriel Barbery serait loin d'être fortuite, mais le seul lien avec Légume des Jours est ici.

03 octobre 2007

Bachelor (6)

Ma chère Cassandre,

J’ai le plaisir de vous adresser une quatrième candidature, au format pdf cette fois-ci. Vous qui mettez l’accent sur l’imagination de vos sigisbées, vous voilà servie, tout au moins en ce qui concerne la forme…

Lettre de D*** a Cassandre au format PDF...

Dans l’attente du rouleau de parchemin et de ses enluminures, je vous souhaite tout le discernement nécessaire au choix Cornélien qui se profile à l’horizon.

Vagant

07:05 Publié dans In vivo | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Bachelor

01 octobre 2007

Zapping

Il est minuit et bientôt trente minutes. J’ai beau chercher, je ne trouve pas le sommeil tout seul dans ma chambre d’hôtel, alors j’allume la télé, officiellement à la recherche d’un programme soporifique, officieusement pour mater les extraits du film porno de la chaîne payante : Je zappe le politicard qui déblatère en Danois – rien qu’à voir sa mine, je n’ai pas besoin des sous titres – je zappe le présentateur bronzé qui sautille en hurlant autour d’une roue de strass au bras d’une bombe de fortune – à moins que ce soit l’inverse – je zappe la grève des bus, une marée noire, deux famines, trois guerres civiles, et je tombe sur la blondasse siliconée qui suce le tatoué bodybuildé. Elle a l’air d’aimer ça quand on lui flanque sur sa face de pouf un gros panneau : « chaîne privée payante, 89 couronnes le film ». Je vous le traduis grosso modo du Danois au Français, mais je ne pense pas me tromper de beaucoup. Aux coins de l’écran apparaissent encore des bouts de bite, mais le cœur de l’action demeure caché par le panneau inamovible qui insiste lourdement pour que je lâche mes 89 couronnes danoises. Je zappe. Les chevaux sont dans le virage, la casaque rouge est en tête suivie de prêt par la jaune, c’est ce que doit dire le commentateur mais je ne parierais pas 1 couronne. Je zappe. La blondasse agenouillée a engouffré le gros membre du culturiste, les yeux et la glotte écarquillés. Va-t-elle étouffer ? me demandé-je en commençant à me tripoter quand paf ! Le panneau à 89 couronnes coupe tout le suspens du drame pornographique. Je zappe. La casaque jaune remonte à la corde, va-t-elle coiffer la rouge sur le poteau ? Le suspens hippique est à son comble mais moi je m’en fous, je n’ai pas joué. Je zappe. La blonde enjambe le musculeux définitivement très bien monté, et se retrouve à cheval sur son poteau au gland rouge qu’elle coiffe de sa vulve mouillée. J’ai délaissé la quequette pour la zapette : je n’ai que deux secondes pour bien identifier la position et je zappe avant le panneau à 89 couronnes, en comptant sur la persistance rétinienne pour suivre l’action. La pouliche a l’écume aux lèvres. Ses cuisses musclées prennent appuis sur le sol. Elle s’enfonce – je zappe - sa crinière se soulève à chaque poussée qui l’emboîte - je zappe - sur la queue de l’étalon. Elle remonte de plus en - je zappe - plus fort ! Quelle chevauchée au triple galop sous les - je zappe - coups de cravache du cavalier aux muscles bandés qui - je zappe - claques sur la croupe. L’étalon est à la peine sous la pression de la pouliche qui - je zappe - enserre ses flancs. Quel finish ! Sur un dernier coup de reins, c’est lui qui jaillit le premier - je zappe - 7 Rocco à 6 contre 1, 5 Ovidie à 8 contre 1, 11 Zara Whites à 12 contre 1 qui rapporte dans le désordre 89 Couronnes danoises…

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