Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« lun. 01 oct. - dim. 07 oct. | Page d'accueil | lun. 15 oct. - dim. 21 oct. »

13 octobre 2007

Mission libertine - I

   Sarah avait l’œil rivé sur la pendule de sa voiture et sur l’horizon bouché d’une banlieue parisienne. Elle conduisait depuis plus d’une heure, et elle avait horreur de ça. Surtout de se retrouver prise dans la transhumance quotidienne des banlieusards qui convergeaient sur Paris tous les matins. Elle se disait qu’une fois de plus elle serait en retard à son rendez-vous, lorsque son portable claironna.

- Bonjour Sarah, comment allez-vous ?
- Très bien, je suis en route…
- Vous en êtes où ?
- J’arrive sur le périphérique.
- Parfait, vous serez bientôt là, presque à l’heure.
- Oui, je me dépêche !
- Ne vous inquiétez pas, nous ne sommes pas à un quart d’heure prêt, et je préfère vous voir arriver entière. A tout de suite !


7593e025fdf99b3f745cef9826547c52.jpg   Sarah parcourut mentalement la check-list qu’elle connaissait déjà par cœur. Elle ne le faisait pas pour s’assurer qu’elle n’avait rien omis, mais pour se rassurer. Pour plonger dans l’ambiance. Oublier au plus vite son quotidien. Oublier surtout l’image de son mari qui l’avait regardée partir ce matin là, après lui avoir lancé en guise d’ultime recommandation un soupçonneux : « Je te fais confiance. ». Elle avait ressenti cela comme une sourde menace. A la réflexion s’était plutôt un aveu d’impuissance. Que pouvait-il lui faire sinon confiance. Mentalement, elle répéta sa liste à la Prévert : Un plan de paris, un stylo bille, un maillot de bain, un jean, un slip boxer, des boules de geisha.
   Avec vingt minutes de retard, elle gara sa voiture au parking de l’école de médecine, selon les instructions qu'on lui avait donnée. Son plan en main, elle sortit du parking pour affronter l’air vif de cette matinée automnale. Il ne pleuvait pas, et même si le soleil n’était pas vraiment au rendez-vous, la certitude de vivre une nouvelle aventure suffit à lui donner une humeur primesautière. Elle se rendit d’un pas alerte au 77 Bd St Germain. Comme prévu, une cabine téléphonique l’y attendait à l’image de son sentiment éphémère : enfin libre. Sur le combiné, une feuille de papier blanc manuscrite mentait :  « Hors Service ». Sous la plaquette en alu, elle trouva le paquet scotché laissé à son attention. Une grosse enveloppe blanche, plastifiée et matelassée. Sarah la détacha. Elle n’était pas sensée en connaître le contenu, mais elle s’en doutait un peu après avoir lu les messages du mystérieux Zebra75 sur le forum Bisexualité d’auFeminin, dont le style ne lui avait pas échappé.

   AuFeminin.com était un des rares sites internet à avoir survécu à la bulle économique virtuelle des années 90. Il avait été un des premiers à avoir su ferrer les lecteurs, ou plutôt les lectrices, jusqu’à en faire malgré elles des éditrices de contenu. Premier magazine féminin en ligne, à une époque où l’immense majorité des internautes étaient des hommes, auFeminin avait misé sur les femmes qui finiraient bien par surmonter leur répulsion face à la technicité du web de l’époque pour pouvoir s’adonner à leur péché préféré : le bavardage. Son fer de lance était donc les forums de discussion thématiques. Comme prévu, le contenu s’assimilait à du papotage, mais des liens se nouaient entre les internautes au fil de discussions sans queue ni tête, au gré de débats virtuels dignes d’un salon de coiffure. Dans cet univers typiquement féminin, quelques hommes avaient fait le pari d’y séduire. À ce jeu là, je m’étais révélé assez doué.

   Sarah décacheta l’enveloppe, et lut le message qu’elle refermait:

Très chère Sarah,

Vous souvenez-vous avoir lu dans un de mes mails que vous aviez le profil d’une espionne ? Je vous propose d’intégrer nos services de renseignement, et d’en passer aujourd’hui l’examen d’entrée ! Nous vous avons concocté une succession de tests tout au long de cette journée, qui mettront à l’épreuve votre vivacité d’esprit, votre courage, votre abnégation, tous vos sens ainsi que votre soumission à nos consignes. La réussite de chaque test vous mènera au test suivant, et vous devrez donc tous les réussir, jusqu’au dernier, pour gagner ce défi. Chiche ?

Pour commencer, je vais mettre à l’épreuve votre sens… de l’orientation. Rendez-vous aussi vite que possible au Hammam de la grande mosquée de Paris, au 39 rue Geoffroy Saint-Hilaire dans le 5eme. Entrez-y, et profitez sans tarder des massages, gommages et autres soins de beauté. Un de nos agents vous y contactera. Vous trouverez dans cette enveloppe un ticket de métro, le billet d’entrée au hammam (formule orientale tout compris), et un magnifique maillot de bain rose barbie. Vous devrez impérativement être sortie du hammam avant midi !

Au plaisir du votre,

Vagant

À suivre…

11 octobre 2007

Bachelor (8)

Très chère Cassandre,

J’ai longuement hésité à vous faire prendre connaissance de cette missive, pour des raisons que je vais développer un peu plus bas, mais je souhaiterais vous la montrer telle que je l’ai découverte dans ma messagerie voici plus d’une semaine :

Casandre cara,

f06b8c433f97d63b0c5d5a49125a50b6.jpgMi scuso non di scriverli in francese. Spero che lo capirete comunque…

Se si crede la leggenda, signora Cassandre, essete una Principessa difficile da sedurre !

Ho letto in Homere che Apollo non era riuscito a fare l'amore con voi... Se lui non è riuscito, come potrei sperare sedurrli, io che sono soltanto un povero giovane uomo...

Ma voglio tuttavia provare !

Ho visto sullo blog di signore Vagant le tre fotografie straordinarie di voi, ed io sono caduto immediatamente innamorati.

Appena ho visto il vostro collo, i vostri peli, le vostre spalle, i vostri centri, io sono stato ossessionato da una sola cosa: depositare baci incandescenti sul vostro corpo. (Scusate di essere così diretto, è la passione che parla…)

Per sedurrli meglio, ho riletto dieci volte ( !) Gli Amori di Cassandre del poeta Ronsard. Ho capito che eravate una donna crudele ma molto sensuelle…

b6ee9838cbf0b5cabeaa6fbbe4a615ef.jpgC’è una cosa che apprezzo particolarmente in questo gioco della « séduction », è che (se signor Vagant ha la bontà di scegliermi) io avrò la possibilità di essere di fronte a voi in testa a testa, e di fare giocare i miei talenti di seduttori, senza l'aiuto della parola (io spero vivamente che siate sensibile a l'incanto italiano, signora Cassandra?).

Avrei voluto, come i miei concorrenti, scrivervi una poesia, ma non posso. Io posso sedurre le donne soltanto con le parole ed i gesti...

Avrò voluto anche dirlei tutto che sento in fondo al cuore per voi, ma non posso. È perché ho preso la decisione di fare esattamente come voi : fare parlare le fotografie,

Ecco tre piccoli pezzi del mio corpo. Spero che vi daranno desiderio di incontrarlo e farmi l'amore...

Li abbracciavo con forza e furia !

F***

 
b8e33ceb3db3147596e0a8510fe07ad9.jpg

Je ne sais pas si vous parlez Italien, mais moi, je n’en parle pas un traître mot. Tout juste assez pour comprendre en quelle langue cette lettre était rédigée et me précipiter sur BabelFish afin d’en obtenir une traduction dont je vous laisse juger la qualité…

jolie traduction 

Il eût cependant été injuste envers notre courageux candidat transalpin de publier sa lettre ainsi dénaturée. Une bonne amie a eu l’amabilité de me fournir une traduction plus fidèle à l’esprit de la lettre, à condition que je la laisse mener l’enquête sur le corps de son expéditeur. Après quelques jours d’une investigation assidue, elle vient de me rassurer : F*** est en pleine possession de ses moyens mentaux… et physiques. Voici donc sa lettre convenablement traduite :

Chère Casandre,

Je m'excuse de ne pas vous écrire en français. J'espère que vous vous me comprendrez quand même...
Si j'en crois la légende, madame Cassandre, vous êtes une Princesse difficile à séduire ! J'ai lu dans Homère qu'Apollon n'avait pas réussi à faire l'amour avec vous... S'il n'a pas réussi, comment pourrais-je espérer vous séduire, moi qui suis seulement un pauvre jeune homme... Mais je veux toutefois essayer !
J'ai vu sur le blog de Monsieur Vagant trois photographies extraordinaires de vous, et je suis immédiatement tombé amoureux. Dès que j'ai vu votre cou, vos épaules, vos seins, j'ai été obsédé d'une seule chose : déposer des baisers incandescents sur votre corps. (excusez-moi d'être aussi direct, c'est la passion qui parle...)
Pour mieux vous séduire, j'ai relu dix fois (!) Les Amours de Cassandre du poète Ronsard. J'ai découvert que vous étiez une femme cruelle mais très sensuelle...
Il y a une chose que j'apprécie particulièrement dans ce jeu de la "séduction", c'est que (si monsieur Vagant a la bonté de me me sélectionner) j'aurai la possibilité d'être face à vous, en "tête à tête", et de faire jouer mes talents de séducteur, sans l'aide des mots (j'espère vivement que vous serez sensibles au "charme italien", madame Cassandra ?).
J'aurais voulu, comme mes concurrents, vous écrire un poème, mais je ne peux pas. Je ne peux séduire les femmes qu'avec les paroles et les gestes...
J'aurais voulu vous dire tout que je sens au fond du coeur pour vous, mais ne peux pas. C'est pourquoi j'ai pris la décision de faire exactement comme vous : faire parler les photographies. Voilà trois petits morceaux de mon corps. J'espère qu'ils vous donneront le désir de me rencontrer et de me faire l'amour... Je vous embrasse avec force et fureur !

F***

Pour servir et valoir ce que bon vous plaira,

Vagant

_________________________________

 

Note à l’attention des lecteurs : Vous qui venez de tomber au beau milieu de cette histoire, vous vous demandez sans doute ce dont il s’agit. Tout a commencé par là, est un peu mieux expliqué ici et , et si vous vous demandez si vous pouvez participer (1), ne vous posez pas la question trop longtemps : prenez votre plus belle plume et déclamez votre désir de connaître Cassandre au sens biblique du terme. Vous serez exaucé si tel est son bon plaisir ! (2)

(1) Non, ce n'est pas une blague !

(2) Plaisir auquel je n’ai rien à voir : Les choix seront exclusivement ceux de Cassandre, certainement pas les miens comme semble l’avoir compris F***

07:15 Publié dans In vivo | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : Bachelor

09 octobre 2007

Échangisme belge

    D’un sourire engageant, Marion invita Jean à entrer dans sa chambre à coucher. Les murs étaient couverts des photos de Mathieu, son mari, surtout des natures mortes où la rouille disputait l’automne aux arbres dégarnis. Au diapason des photos paisibles, Marion parlait d’une voix grave, voilée d’un léger feulement qui lui conférait une sensualité irrésistible. « La fenêtre donne sur le jardin, c’est très calme ici, dit-elle sur un ton de confidence. On pourrait crier tant qu’on veut, personne n’en saurait jamais rien. » Il s’approcha tout près d’elle. Depuis l’étage, la vue s’étendait sur les champs jusqu’à l’horizon brumeux, jusqu’à sa perte. Il l’embrassa et ferma les yeux.
8246995b2be17a475288278b8e67edab.jpg    Le parfum capiteux de la jeune femme embaumait la pièce, et Jean ressentit autant de gène que d’excitation à pénétrer ainsi son intimité. Au rez-de-chaussée, sa femme était avec Mathieu, dans la chambre d’amis ou au salon, mais c’est sur une photo juste devant lui, au dessus de la tête de lit, qu’il focalisa son attention : un quai à l’abandon, au fond duquel ne coulait plus qu’un flot d’herbes folles. Une invitation à embarquer sur une chimère, une invitation au voyage impossible. Oui, impossible. Aller voir ailleurs, les transports trépidants, non, ce n’était pas pour lui. Marion était pourtant là, suspendue à ses lèvres, mais Jean ne pouvait détacher son regard du défaut sournois tout en bas de la photo : deux ombres roses. Les doigts de Mathieu s’étaient égarés sur l’objectif. Jean ne voyait plus qu’eux, ces gros doigts moroses qui allaient se perdre sur Bijou, la toucher, partout, à l’intérieur... La symétrie de la situation ne changeait rien à l’affaire dont sa femme était d’ailleurs l’instigatrice. Même s’il avait été excité par les annonces, abandonner là son Bijou entre leurs mains le révulsa.
    Mais pour le plaisir de sa femme Julie, il se tourna vers Marion, accepta d’échanger ce pavillon flamand contre son Bijou pour les vacances, et il lui donna solennellement les clefs de la maison…

______________________________

Oui, je l’avoue, j’abuse : cette note est presque un plagiat, celui de Lassitude par Madeleine sur NOLDA. Presque car le traitement est tout de même légèrement différent, et je plaide les circonstances atténuantes : j’ai agi sous la contrainte de Coumarine qui m’a obligé à parler de maison. Je n’étais certes pas obligé d’évoquer l’échangisme non plus, mais il me fallait aussi vous satisfaire, ami lecteur, pour pouvoir mieux vous frustrer ! À ce niveau là, je crois que ça va suffire pour l’instant, ma prochaine histoire sera du vécu, du vrai cul !

« Mois précédent | Mois suivant »