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21 février 2008
Copenhague
Non, je ne vais pas vous ennuyer avec une note touristique sur cette ville ennuyeuse qui ne peut faire rêver que ceux qui n’y sont jamais allés ( si vous tenez vraiment à partir dans le coin, traversez le pont et visitez Malmö qui est tout aussi bien et beaucoup moins cher ), mais avec une note sur une nouvelle intitulée Copenhague publiée aux éditions filaplomb.
Après avoir sciemment massacré le petit suspens que j’escomptais vous servir aujourd’hui, je n’insisterai pas trop sur mon étonnement lorsque j’ai reçu dans ma boite au lettre en fer et qui couine, une enveloppe manuscrite à la vraie main et à mon nom bien réel. Il faut dire que pour le monde commun et trivial, je ne suis qu’un patronyme imprimé à la chaîne pour le compte d’une banque, d’une assurance ou d’une caisse de retraite, et les seules enveloppes manuscrites qu’il m’arrive d’ouvrir contiennent des faire part de mariage ( de moins en moins) de naissance ( le pic est passé aussi ) et plus rarement de décès ( mais c’est en croissance ), c’est-à-dire le lot commun de la boite aux lettres du cadre moyen déjà plus tout jeune…
Bref, il y a quelques semaines, je reçois une enveloppe manuscrite que ma femme n’a pas osée ouvrir. « Tu es sur que ce n’est pas une lettre piégée » qu’elle me dit sans rire. « Mais qui pourrait bien m’en vouloir ? » que je réponds en décachetant l’enveloppe sans penser aux quelques cocus qui pourraient me trucider s’ils retrouvaient ma trace. Et là, qu’est-ce que je trouve ? Vous le savez déjà : Copenhague suivi de Un couple idéal d’Arnaud Dudek, un recueil de deux nouvelles de 10 pages chacune au format 10 x 15. Le papier - recyclé avec des encres végétales sans solvant - est de bonne qualité ainsi que l’impression et la mise en page, même si on aurait apprécié une couverture un petit peu plus épaisse. Mais pour 4,20 € frais de port compris - le prix d’un café sur une terrasse parisienne - je n’ai pas boudé le quart d’heure de plaisir que la lecture de ces nouvelles m’a procuré. Je connaissais déjà Dudek pour son excellent blog littéraire, mais le lire allongé dans son lit, c’est tout de même mieux qu’assis devant un écran.
Cela suffit pour la forme, venons en au fond : deux nouvelles sur les solitudes qui s’ajoutent pour composer un couple. J’ai toujours pensé qu’un texte devait se défendre tout seul, alors je vous en livre un petit extrait :
Il aimerait découvrir l’Europe du Nord, il ne connaît pas. Copenhague, pourquoi pas ? Ce sera difficile d’imposer cette idée. Sylvia voudra de la chaleur. Siroter des cocktails à base de jus d’ananas en regardant des bellâtres transpirer autour d’un filet de volley-ball. Allongée sur une serviette de plage à fleurs, vêtue d’un maillot de bain une pièce assez terne, à compléter les cases d’un Sudoku.
Au poignet, un bout de plastique jaune digne des meilleurs Clubs Mickey indiquera son rattachement à un club de vacances situé à Hammamet.
Son visage outrageusement bronzé fera pâlir les collègues de jalousie lors du premier café de septembre, celui où l’on montre des vestiges de coups de soleil soignés à la Biafine comme autant de blessures de guerre.
Copenhague, ça risque de la mettre en rogne.
J’espère vous avoir donné envie de découvrir Arnaud Dudek auquel je souhaite le succès qu’il mérite. Quant à son éditeur, je lui souhaite d’attraper une bonne crampe à écrire les noms des lecteurs auxquels il envoie un peu de bonheur.
07:00 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : Livres, Arnaud Dudek, Copenhague, Filaplomb, Littérature
18 février 2008
Mission libertine - XIV
Très cher Christophe,
C'est à la va-vite que je couche – notez l’absence primordiale de virgule à cet endroit précis - quelques mots qui ne suffiront pas à combler le lecteur assidu et attentif que vous êtes.
D'avance je vous présente mes excuses pour la brièveté de mon message, j'ai bien reçu le vôtre et je comprends pour l'avoir lu en diagonale que vous croyez en la réincarnation, que votre maîtresse a écrit un livre autobiographique, que vous me proposez un trio avec mon amant, que vous auriez bien aimé vous avoir à vos côtés mercredi dernier lors de cette soirée libertine, que vous ne voudrez jamais me rencontrer parce que vous me pensez belle et séduisante et qu'une fois le virtuel au placard vous me trouverez banale et finalement très peu intéressante… Mais qui dit que cette aura disparaîtrait ? (Pas de réponse SVP)
Trêve de plaisanterie, pour ce qui est de me savoir entre de bonnes mains libertines, je remets en doute considérablement l'homme avisé que j'ai pu voir en mon amant. Il m'a menti et je vais lui prouver que je le sais. Je déteste le mensonge et je préfère un sentiment ou une critique exprimée même si elle n'est pas agréable à entendre, plutôt que la trahison du mensonge. Je monte peu à peu le scénario qui me permettra de lui faire savoir que je ne suis pas dupe, et une fois devant le fait établi je ne pourrai plus que lui présenter mes adieux...
Je me doute que cette histoire ne vous importe pas le moins du monde, mais l'écrire et libérer un peu mon âme me fait du bien. Finalement je crois que je suis certainement plus éprise de lui que je ne veux l’admettre, ou le faire croire aux autres !
Je ne manquerai pas de répondre à votre long message, mais je suis aux prises avec des valises récalcitrantes et les heures passent à une vitesse folle. Comment aborder la chair sans rompre le charme épistolaire ? Voilà une très belle question et je pense avoir la réponse vu que j'ai pu vivre cette magnifique aventure avec mon (ex) amant, tout comme je crois qu'il en est de même avec votre liaison actuelle.Au plaisir de vous écrire,
Sarah
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Très chère Sarah,Ne vous excusez pas, je comprends fort bien que la préparation de votre déplacement ne vous laisse pas le loisir d’écrire comme vous le souhaiteriez, mais permettez-moi quelques remarques pour mieux aiguiller votre réponse que je saurai attendre patiemment, tout au moins jusqu’au 25 Juillet, date à laquelle je commencerai ma migration estivale pour m’envoler sous d’autres cieux.
Je suis fort attristé de savoir la fin de votre liaison. A mon humble avis, toute vérité n’est pas toujours bonne à dire, et on peut omettre certaines choses par amour. Par ailleurs, je pense qu’il faut laisser aux autres le loisir de vivre leur vie privée, et ne pas prendre pour argent comptant les mots doux qui peuvent largement dépasser des intentions plus prosaïques, surtout lorsqu’ils sont prononcés dans le feu de l’action amoureuse. Ces généralités énoncées, je ne sais pas quelle est la nature de ce mensonge, et vous avez toute la sagacité pour juger de sa gravité, au point de cesser une liaison qui semblait vous apporter satisfaction. Vous pouvez m’en parler davantage si vous le souhaitez, ou pour le simple soulagement de l’écrire.
Je ne crois pas que la réponse à ma question soit affaire de généralités, et encore moins de réponse toute prête. J’ai avec ma maîtresse une liaison amoureuse charnelle, qui a depuis longtemps pris le pas sur toute considération littéraire, alors que je partage avec vous une liaison épistolaire charmante, qui ne pourrait plus être ce qu’elle est si nous nous connaissions au sens biblique du terme. D’autre part, je ne sais pas combien de temps pourrons-nous encore continuer de jouer au chat et à la souris, sachant que le moteur de notre correspondance n’est pas le macramé, ni les fiches de cuisine, mais est bien libidinal.
Je renouvelle donc ma question « Comment aborder la chair sans rompre le charme épistolaire ? », non pas à la manière d’un philosophe devisant sur les rapports humains, mais plutôt celle du Zèbre d’Alexandre Jardin : Par quel stratagème peut-on goûter aux joies de la chair sans rompre le mystère de l’inconnu(e), comment connaître la jouissance charnelle sans la trivialité des rapports amoureux, comment jouir de nos corps en ne connaissant que nos mots ?Au plaisir de lire votre réponse,
Christophe
07:55 Publié dans Défis (suite) | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : mission libertine, sarah, expériences, adultère, alexandre jardin




