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20 juillet 2014

Un apéritif littéraire et érotique

Un ami m’a demandé, je cite : « des idées de jeux littéraires et érotiques à pratiquer lors d’un apéritif entre adultes consentants ». Ceux qui me connaissent savent qu’il n’en fallait pas tant pour mettre en branle mon imagination lubrique, d’autant plus qu’elle avait déjà été émoustillée sur ce thème à la lecture de ce chaste récit, ainsi que par ces fameuses vidéos de Clayton Cubitt qu’on ne présente plus. Ainsi ai-je élaboré tout un programme que je soumets à votre sagacité.

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L’invitation
On demande préalablement aux invités de se munir d’une page de littérature érotique de leur choix, dont la lecture durerait moins de cinq minutes, et d’autre part d’avoir réfléchi à une situation sensuelle, voire sexuelle, qui puisse être décrite en quelques paragraphes.

L’accueil
À l’arrivée des invités, l’organisateur offre à chacun, en plus des boissons, cocktails ou entremets susceptibles d’aiguiser tous les appétits, un bloc note format A4 et un stylo identiques. Une fois les invités confortablement installés et les présentations faites, car tous ne se connaissaient peut-être pas, l’organisateur énonce les règles du premier jeu.

L’improvisation personnalisée – la consigne
Le premier jeu est une improvisation littéraire telle qu’on la pratique dans les ateliers d’écritures, mais dont les consignes favoriseront les interactions entre les invités au cours de la soirée…

1/ Le texte doit être écrit à la première personne du singulier.
2/ Le texte doit avoir pour protagonistes l’auteur (je) et un ou plusieurs autres invités à cet apéritif.
3/ Le texte doit commencer par une phrase-seuil énoncée par l’organisateur.
4/ Le texte doit être écrit lisiblement et ne pas dépasser une page.
5/ Le texte doit être anonyme. Il ne doit pas être signé et ne doit pas permettre d’identifier son auteur.
6/ Bien entendu, le texte doit être érotique, voire pornographique…

Il ne s’agira pas de se lancer dans cette improvisation dès le début de la soirée, fut-elle déjà préparée après l’invitation qui demandait aux participants d’avoir préalablement réfléchi à la description d’une situation sensuelle. Ce travail d’écriture se déroulera au rythme de chacun tout au long de l’apéritif, et l’organisateur peut d’ores et déjà annoncer le second jeu.

Le texte à trous
L’organisateur remet à chaque invité une feuille sur laquelle est imprimé un texte érotique tiré d’une œuvre classique, dont cinq mots manquent. Chaque invité remplit les trous tandis que l’organisateur lit le texte hormis les mots manquants, puis donne sa copie à son voisin pour la correction… et les gages !
Alors que l’organisateur lit maintenant le texte complet, à chaque erreur relevée par le voisin correcteur, l’invité doit, au choix, abandonner un vêtement ou bien ses lèvres au baiser sensuel que lui donnera un autre invité qui avait le bon mot.
Lorsque les invités se sont remis de leurs émotions, sans pour autant remettre leurs vêtements, l’organisateur peut annoncer le troisième jeu.

sally.jpg

Le concours de lecture expressive
A tour de rôle, chaque invité lit le texte érotique qu’il a choisi avec le plus d’expressivité possible. Tous les coups sont permis, des vocalises féminines aux turgescences masculines, mais sans vulgarité et dans le respect du texte ! Après chaque lecture, les autres invités donnent quelques pièces symboliques au lecteur. Le meilleur sera celui, ou celle, qui aura récolté la plus grosse somme.
Durant ce concours, qui pourra durer une heure avec une dizaine d’invités, les participants essaieront de rédiger leur improvisation personnalisée.

L’improvisation personnalisée – la lecture
Il est temps de relever les copies, les textes des participants sont remis à l’organisateur qui les mélange et les distribuent au hasard aux invités. Chacun lit à haute voix le texte qui lui a été remis. Les protagonistes de ces histoires peuvent alors découvrir les divers fantasmes qu’ils suscitent, tout en essayant d’en deviner les auteurs…

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Ami lecteur, il ne me semble pas utile d’épiloguer sur la fin de la soirée qui dépendrait des invités, mais je vous invite à commenter ce programme à propos duquel toute suggestion sera la bienvenue !

14 juillet 2014

Ça roule !

bal_des_pompiers.jpg« Alors, ça roule ? »

Aude a détaché ses lèvres des miennes en rougissant, tandis que je levais les yeux vers Mathieu pour lui décocher le regard de la mort qui tue. Je l’ai vu s’éloigner en rigolant, tout content de sa blague de potache. Heureusement que cet abruti ne s’est pas avisé à me regarder de haut. Il ne perdait rien pour attendre, ce gros jaloux avec sa face constellée d’acné, lui qui n’avait même pas pu approcher une fille depuis le début de la soirée.

On était pourtant arrivés ensemble à ce bal du 14 Juillet. Seuls. Il y avait là deux filles qui faisaient tapisserie, surement dans l’attente de beaux pompiers aux épaules larges et aux cheveux courts. Mais avec ses longs cheveux graisseux et son allure dégingandée, Mathieu n’avait de pompier que des boutons brillants comme des gyrophares. Alerte au puceau !  Alerte au puceau ! Croyait-on entendre quand il rappliquait, et je suis sûr que c’est ce que la petite brune avait chuchoté à l’oreille de la grande blonde, quand elle l’avait vu approcher à pas comptés, avec une prudence de charmeur de serpents. Il n’avait même pas eu l’occasion de leur jouer du pipeau qu’elles lui avaient ri à la gueule un venin cristallin.

Moi, j’avais vu sa débâcle de loin. Pas question d’être associé à sa loose. J’avais attendu qu’elles cessent de ricaner avant de tenter ma chance à mon tour. Elles ne m’avaient pas vu venir, ou plus précisément elles ne s’attendaient pas à ça de ma part.

J’avais visé la blonde parce qu’elle semblait moins retorse que la brune, et parce qu’elle était assise aussi. Je l’avais invitée tout de go à danser, sans chercher à baratiner. « Comment qu’on fait ?» m’avait-elle répondu. J’avais bien scruté ses yeux bleus écarquillés et je n’avais rien vu, rien d’autre que de la surprise. Un regard neutre en somme. « Viens, je vais te montrer » avais-je répondu, et elle était venue, tout simplement. J’avais évacué le regard dédaigneux de la brune en me félicitant de mon choix. Les yeux, ça me connaît. Je sais y lire plein de trucs. J’avais beau avoir les cheveux courts, les épaules larges, et même des attributs de camion de pompier, j’aurais perdu mon temps avec la petite brune.

C’est comme ça qu’on avait commencé à glisser sur la piste, Aude et moi. J’avais choisi mon morceau, une valse tout en langueur et tournoiements, car ça, je sais bien faire. Ses pieds ne touchaient pas terre. Aude avait même éclaté de rire quand j’avais basculé en arrière. Les papis et les mamies nous regardaient avec bienveillance, un peu de curiosité aussi. Et puis ça avait été le tour du rock. J’aime moins. Sans sautiller pour marquer le rythme, j’ai toujours un peu de mal à mener la danse. Remarquez, la vue de sa robe tourbillonnante avait bien compensé le désagrément. Pour un peu, même sans faire d’acrobaties, j’aurais vu la couleur de sa petite culotte. Enfin est venu le moment des slows. Aude n’avait pas cherché à danser avec un autre. Elle était restée tout contre moi qui l’enlaçait d’un bras, à une portée de baiser. Je ne m’étais pas gêné. Elle n’avait pas retiré sa bouche non plus. Jusqu’à ce que Mathieu vienne déconner.

Mathieu est retourné au bar et Aude m’a rendu ses lèvres. C’est tout ce que je voulais d’elle, ses lèvres au beau milieu de la piste, avec des regards envieux en prime. Parce qu’on finit par en avoir assez de la pitié. Aude a bien senti que je ne voulais rien d’autre, avec ses fesses lovées entre mes cuisses inertes, et ses jambes qui reposaient sur l’accoudoir de mon fauteuil roulant.

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Si vous avez (très) bonne mémoire, vous vous souvenez peut-être de ce texte qu’Arnaud Dudek m’avait fait l’honneur de publier sur le blog qu’il tenait à l’époque, intitulé j’irai cracher sur vos blogs, titre en quelque sorte prémonitoire au vu de ce qu’il en est advenu. J’avais d’ailleurs acheté Copenhague, son premier texte publié, avant de découvrir avec joie et un peu de retard qu’en 2012, son premier roman avait été sélectionné pour le Goncourt du premier roman, justement. Il faudrait que je le lise, après tout Rester sage demeure pour moi d’actualité.

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