« lun. 04 juin - dim. 10 juin | Page d'accueil
| lun. 18 juin - dim. 24 juin »
17 juin 2007
Descente aux chandelles (1)
Avril 2004, un Jeudi soir vers 22h30. Jeanne et moi étions sur le trottoir, à la porte de la Mecque des nuits libertines parisiennes : Les chandelles.
Ce n'était pas ma première sortie en club libertin, j'avais déjà eu quelques expériences à l'Overside, expériences plus exhibitionnistes qu'échangistes, et je m'attendais à vivre plus ou moins la même chose dans cette soirée exclusivement réservée aux couples, voire un peu de mélangisme, sans pour autant exclure la pénétration hors couple même si je ne l’envisageais pas vraiment. Car Jeanne était vierge de toute expérience de pluralité sexuelle et c’était aussi la première fois qu’elle mettait les pieds dans un club libertin. Elle n’avait exprimé qu’une inquiétude : être refusée à l’entrée. Elle aurait pris ça comme un déni de son charme, une insulte à sa féminité, alors elle avait mis toutes les chances de son côté. La veille, allongé sur le lit de la chambre d’hôtel qui abritait notre dernière escapade clandestine, nu, le sexe déjà dressé dans l’attente de son corps lové tout contre le mien, je l’avais regardée essayer sa nouvelle petite robe noire, à demi transparente, ses escarpins aux talons pointus, et son tailleur vintage qui soulignait si bien ses courbes féminines.
Quand nous entrâmes dans le sas d’entrée du club, il y avait déjà un autre couple qui commençait à s’impatienter. La femme vêtue d’un long manteau semblait assez jeune, apparemment maghrébine et plutôt jolie bien que trop maquillée à mon goût. Quant à l’homme, il était grand et de belle prestance. La seconde porte du sas s’ouvrit enfin sur un videur revêche qui leur reprocha aussitôt de venir pour la première fois, auquel cas les premiers jours de la semaine étaient plus indiqués que le Jeudi soir. Je commençais à jeter vers Jeanne des regards dépités lorsque le videur nous pria d’entrer, me confirmant ainsi qu’il y avait bien deux poids et deux mesures.
Après le vestiaire nous descendîmes un escalier qui menait vers le club en sous-sol, et puis nous traversâmes une véritable muraille de rubans roses suspendus au plafond, comme pour symboliser un passage vers un autre mode, une parenthèse aux conventions ordinaires, et nous arrivâmes dans la salle principale du club aménagé dans d’anciennes caves voûtées en pierre de taille. Cette salle qui abritait le bar et la piste de danse déserte, avait une déco résolument kitch : intégralement capitonnée de similicuir bleu foncé, jusqu’au plafond littéralement recouvert de lustres en cristal rococo. Côté faune, de très jolies filles vêtues de peu, des hommes bien sapés, mais sans doute pas à la hauteur de leurs cavalières dont nous soupçonnions certaines d’être des escort-girls permettant aux hommes seuls mais aisés de pénétrer dans le club, dans tous les sens du terme. Quant à la musique, elle aurait certainement fait fuir les clubbers avertis, mais étions-nous là pour nous trémousser que sur la piste de danse ?
Nous nous assîmes dans un coin trop tranquille avec deux gin-tonics, avant d’explorer le reste du club, dont ces fameux « salons câlins ». Nous vîmes le premier au travers des barreaux d’une fenêtre creusée à même la roche. C’était une grande pièce sombre dont les cotés étaient bordés de larges banquettes susceptibles d’accueillir une famille très nombreuse. Un couple s’y ébattait tranquillement. Le pantalon à mi-cuisses et les fesses nues, l’homme était juché entre les jambes de sa partenaire dont on ne voyait que les mollets qui battaient l’air. Dans un coin, une alcôve devant laquelle se pressaient des curieux, et plus loin une autre pièce qui semblait aussi bondée qu’un hall de gare un jour de grève, ce qui ne nous invita pas à pousser davantage nos investigations. C’était reculer pour mieux sauter, si j’ose dire.
A suivre...
08:40 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Descente aux chandelles, jeanne, Expériences, les Chandelles, club échangiste, libertinage, Adultère
15 juin 2007
Au vent des blogs...
Aujourd’hui, je publie une note chez Ysé !
Venez m’y retrouver, et mieux: participer à cette histoire voyageuse

L’histoire voyageuse
J’ai envie de tenter avec vous une expérience, amis lecteurs et surtout blogueurs : écrire une histoire qui voyagerait de blogs en blogs au gré de l’inspiration de ceux qui y participent. Le principe est similaire au classique « buffet froid », mais avec quelques aménagements pour l’adapter au monde du blog et favoriser le cross-blogging. En voici la règle récursive:
L’épisode N est publié sur le blog de l’auteur de l’épisode N-1. Lors de cette publication, chaque lecteur (qui tient un blog) est invité à écrire un commentaire pour proposer une suite à cette histoire. L’auteur de l’épisode N doit alors sélectionner la meilleure suite qui fera l’objet de l’épisode N+1 suivant.
Vous n’avez rien compris ? Ne vous inquiétez pas, c’est normal. Voilà un exemple :
L’épisode 2 de Dura Lex sed Lex a été publié chez moi parce que j’étais l’auteur de l’épisode 1. Hors l’épisode 2 a été écrit par Ysé, et c’est par conséquent chez elle qu’est publié l’épisode 3. L’épisode 3 a été écrit par moi-même est c’est donc chez moi que sera publié l’épisode 4. C’est moi, auteur de l’épisode 3, qui choisirait cet épisode 4 parmi ceux qui seront proposés. Si c’était un épisode de Celenee qui était choisie, alors son texte serait publié chez moi. Supposons que parmi les suites proposées à l’épisode 4, c’est celle de CUI que Celenee préfère. Alors l’épisode 5 écrit par CUI serait publié chez Celenee et l’épisode 6 choisi par CUI serait publié chez lui, etc…
15:25 Publié dans In vivo | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : Dura Lex Sed Lex, Histoire Voyageuse, Expérience Littéraire, Préservatif
13 juin 2007
Le missionnaire, le hussard et le libertin
Le bon, la brute et le truand ; Le père, le fils et le Saint-esprit ; Rouge, Vert, Bleu ; Clergé, noblesse et tiers état ; On a toujours appliqué aux hommes et aux choses une classification triangulaire, alors pourquoi pas à « l’amantitude » dont je définirai tout le spectre à partir de trois pôles : Le missionnaire, le hussard et le libertin. Votre amant, actuel ou désiré, est sûrement trop complexe pour être réduit à une seule de ces figures caricaturales, mais laissez moi les esquisser pour mieux le situer :
- Le missionnaire : Il a donné son nom à une position. Une seule et pas la plus folichonne, tout un symbole. Le missionnaire n’est pas le plus imaginatif ni le plus viril, mais c’est une valeur sûre. Vous pouvez compter sur ses frêles épaules pour vous réconforter après avoir été larguée par votre hussard préféré, il sera toujours là, cet amoureux transi prêt à vous enfiler… la bague au doigt. Car le missionnaire se mue volontiers en bon mari et brave père de famille, c’est celui qui élèvera vos enfants, tout en certitudes, y compris celle de vivre avec lui un amour éternel-
lement ennuyeux.
- Le hussard : Il n’a pas donné son nom à une position mais a un style d’amour, violent, vigoureux… et bref. Le hussard est le macho par excellence, le sanguin, l’impétueux, le jaloux. Ce n’est pas le plus attentif, c’est celui qui vous cloue au mur sans retirer ses bottes avant de partir en croisade, et qui, à son retour, exigera que vous l’ayez attendu dans la plus fervente adoration. Si le missionnaire est la braise qui couve sous la cendre, le hussard est un feu de paille ardent. Vos vieux jours, ce n’est pas lui qui les réchauffera, mais son souvenir éblouissant les éclairera peut être.
- Le libertin : Il est si insaisissable que même son adjectif est équivoque, associé à la fois à la liberté de penser, et de baiser. Raffiné jusqu’à la perversion, c’est celui qui glorifie l’acte amoureux pour votre plus grand plaisir, mais parfois au détriment des sentiments. Idéal pour les enterrements de vie de jeune fille, perte de virginité ou toute autre étape de votre vie charnelle, il incarne aussi très bien le démon de midi et le 5 à 7 sans conséquence… tout au moins pour lui. S’il n’est pas jaloux, ne comptez pas trop mettre le grappin dessus car si vous pouvez conquérir son corps et son esprit, son cœur risque de rester inaccessible.
Bien entendu, vos désirs ne vous porteront pas vers une seule de ces figures emblématiques, mais plutôt vers une synthèse des trois dans des proportions qui peuvent varier au cours de votre vie, le parcours classique consistant à tomber amoureuse d’un hussard, se marier avec un missionnaire et finir par prendre un amant libertin. De surcroît, les hommes peuvent avoir plusieurs facettes, et un apparent missionnaire peut cacher un insatiable libertin (le contraire étant plus rare, ou alors vraiment sur le tard).
Et vous, amie lectrice qui aimeriez vous rencontrer actuellement ? Plutôt un missionnaire ? Un hussard ? Ou un libertin ?
09:35 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (45) | Tags : missionnaire, hussard, libertin
11 juin 2007
Grease
La grisaille sordide n'avait rien, mais vraiment rien pour lui remonter le moral. Assise derrière la vitre de ce vieux bar tabac miteux, son regard se perdait au loin, après la buée de son souffle sur la vitre, plus loin que la pluie dégoulinante, au delà du carrefour, dans le magma grisâtre d'où Il surgirait sûrement, forcément, un jour. Ou peut être une nuit. Abrutie de fatigue après une journée à ne rien faire, elle regardait les verres qu'elle avait alignés, se refusant de les compter avant d'en prendre un dernier. Elle fit l'effort de tourner la tête pour croiser les yeux délavés du patron bedonnant qui la regardait sans la voir, comme tous les autres paumés qui traînaient là. Et en fouillant au fond de sa poche à la recherche du sésame de ses désirs liquoreux, elle réalisa que le patron ne la regardait pas. Non, il comptait, lui.
Elle sentit enfin du métal froid au bout de ses doigts, de quoi la réchauffer un peu. « Attention, se dit-elle, qu’est-ce que je vais sortir de ma poche... Jackpot ? Black Jack ? Cent balles ! Tu parles... même pas de quoi me payer un café ! ». Elle balaya du regard la salle encombrée en se demandant comment elle pourrait claquer sa monnaie. Flipper ? Elle était bien trop bourrée pour le bourrer aussi, mais pas encore assez pour y glisser sa dernière pièce. Le vieux Pakman ? Un beur y jouait son RMI, et elle n'avait pas encore d'instincts suicidaires. L'antique Juke Box ? Il était peu probable qu'il marche encore, elle n'avait jamais vu personne s'en servir, mais il était juste derrière elle, même pas besoin de se lever ! « Allez hop ! Marmonna-t-elle, voyons voir, s’il peut me chanter quelque chose de gai ! ». Les titres n’étaient guère engageants :
1/ Ne me quitte pas
2/ Tout peut s'oublier
3/ Même le temps perdu
4/ Grease
« Pas récent, récent tout ça, allez le 4 Hou hou hou » chantonna-t-elle. Elle se retourna et eut à peine le temps de voir les yeux écarquillés du patron, que la porte s'ouvrit avec fracas.
I got chills they're multiplying
And I'm losing control
Cause the power you're supplying
It's Electrifying!
Sono à fond, Travolta déboule dans la salle, micro à la main, devant les badauds médusés. D'un mouvement félin, il fait glisser ses lunettes noires au bout de son nez, pour transpercer de son regard d'acier la fille scotchée au juke box. Et le voila qui entonne avec sa voix de crooner:
You're the one that I want ho ho ho honey
You're the one that I want ho ho ho honey
Mieux qu'un conte de fées, plus fort que tous ses rêves, elle se sent pousser des ailes ! Maman ne lui avait donc pas menti, le conte de fées est toujours possible. Il suffit d’y croire assez fort et de savoir saisir sa chance ! Alors la main que Travolta lui tend, elle ne la saisit pas, non, elle s'en empare, et il l'arrache de sa chaise pour une danse endiablée. Rock acrobatique. Olivia Newton-John n'a qu'à bien se tenir, elle va avoir de la concurrence. Et le voilà qui la saisit par la taille, la jette en l'air, la rattrape au vol. Elle écarte les cuisses, avant de glisser sur ses hanches. Elle sent bien qu'elle ne lui est pas indifférent, et il est pourvu le bougre. D'un coup de rein puissant, il la remet sur pied. Elle en a les jambes qui tremblent, mais elle ira jusqu'au bout du rêve.
Elle n'a d'yeux que pour lui, il n'a d'yeux que pour elle. Elle distingue à peine les clients du bar qui forment un cercle autour d'eux en battant des mains comme des groupies extatiques, et qui reprennent en coeur `Ho Ho Ho honey'. Même le patron saute sur son zinc pour y faire des claquettes ! Clic ! Clac ! Clic ! Clac !
Mademoiselle ! Mademoiselle ! La pauvre fille entrouvre des yeux révulsés sur l'interne des urgences qui lui assène des gifles à tour de bras, tandis que l'infirmière de garde se fait les ongles derrière lui et prononce un diagnostic définitif du haut de ses trente ans d'expérience: « Coma éthylique, docteur. Ne vous fatiguez pas, avec ce qu'elle a ingurgité, elle n'est pas prête de se réveiller ».
Mais entre ses paupières mi closes, la fille voit bien que les yeux bleus du beau docteur lui sourient.
11:15 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : travolta, Littérature




