19 juin 2008

La brioche de Tolstoï

afee9f971b1daff5dfd86fbc544ede54.jpg- Vois-tu, mon ami, les femmes sont le ressort qui fait tout mouvoir en ce monde… Tu me demandes où en sont mes affaires ? En fort mauvais point, mon cher… Et tout cela à cause des femmes… Donne-moi franchement ton avis, continua-t-il en tenant un cigare d’une main et son verre de l’autre.
- Sur quoi ?
- Voici, supposons que tu sois marié, que tu aimes ta femme, et que tu te sois laissé entraîné par une autre femme.
- Excuse-moi, mais je ne comprends rien à pareille affaire ; c’est pour moi, comme si tout à l’heure en sortant de dîner j’allais voler une brioche dans une boulangerie.
Les yeux de Stépane Arcadiévitch [Oblonski] pétillèrent.
- Pourquoi pas ? Certaines brioches sentent si bon qu’on ne saurait résister à la tentation : « Je suis ravi quand j’ai pu vaincre le désir de ma chair ; mais si je n’y réussis pas, j’ai au moins le plaisir pour moi. »
Ce disant, Oblonski sourit malicieusement ; Levine ne put se retenir de l’imiter.
- Trêve de plaisanteries, continua Oblonski. Il s’agit d’une femme charmante, modeste, aimante, sans fortune et qui vous a tout sacrifié : faut-il l’abandonner, maintenant que le mal est fait ? Mettons qu’il soit nécessaire de rompre, pour ne pas troubler la vie de famille, mais ne doit-on pas avoir pitié d’elle, lui adoucir la séparation, assurer son avenir ?
- Pardon, mais tu sais que pour moi les femmes se divisent en deux classes… ou pour mieux dire, il y a les femmes et les… Je n’ai jamais vu et ne verrai jamais de belles repenties ; mais des créatures comme cette Française du comptoir avec son fard et ses frisons ne m’inspirent que du dégoût, comme d’ailleurs toutes les femmes tombées.
- Même celle de l’Évangile ?
- Ah ! Je t’en prie… Le Christ n’aurait jamais prononcé ces paroles, s’il avait su le mauvais usage qu’on en ferait : c’est tout ce qu’on a retenu de l’Évangile. Au reste, c’est plutôt une affaire de sentiments que de raisonnement. J’ai une répulsion pour les femmes tombées, comme tu en as une pour les araignées. Nous n’avons pas eu besoin pour cela d’étudier les mœurs ni des unes ni des autres.
- Tu me rappelles ce personnage de Dickens qui rejetait de la main gauche par-dessus l’épaule droite toutes les questions embarrassantes. Mais nier un fait n’est pas répondre. Que faire, voyons, que faire ? Ta femme vieillit tandis que la vie bouillonne encore en toi. Tu te sens tout d’un coup incapable de l’aimer d’amour, quelque respect que tu professes d’ailleurs pour elle. Sur ces entrefaites l’amour surgit à l’improviste et te voilà perdu ! s’exclama pathétiquement Stépane Arcadiévitch.
Lévine eut un sourire sarcastique.
- Oui, oui, perdu ! répétait Oblonski. Eh bien, voyons, que faire ?
- Ne pas voler de brioche.
Stépane Arcadiévitch se dérida.
- Ô moraliste !... Mais comprends donc la situation. Deux femmes s’affrontent. L’une se prévaut de ses droits, c'est-à-dire de l’amour que tu ne peux lui donner ; l’autre sacrifie tout et ne te demande rien. Que doit-on faire ? Comment se conduire ? Il y a là un drame effrayant.
- Si tu veux que je te confesse ce que j’en pense, je ne vois pas là de drame. Voici pourquoi. Selon moi l’amour… les deux amours tels que tu dois t’en souvenir, Platon les caractérise dans son Banquet, servent de pierre de touche aux hommes, qui ne comprennent que l’un ou l’autre. Ceux qui comprennent uniquement l’amour non platonique n’ont aucune raison de parler de drame, car ce genre d’amour n’en comporte point. « Bien obligé pour l’agrément que j’ai eu » : voilà tout le drame. L’amour platonique ne peut en connaître davantage, parce que là tout est clair et pur, parce que…
À ce moment Levine se rappela ses propres péchés et la lutte intérieure qu’il avait subie. Il termina donc sa tirade d’une manière imprévue :
- Au fait, peut-être as-tu raison. C’est bien possible… Mais je ne sais pas, non, je ne sais pas.
- Vois-tu, dit Stépane Arcadiévitch, tu es un homme tout d’une pièce. C’est ta grande qualité mais aussi ton défaut. Parce que ton caractère est ainsi fait, tu voudrais que la vie fût constituée de même façon. Ainsi tu méprises le service de l’État, parce que tu voudrais que toute occupation humaine correspondît à un but précis – et cela ne saurait être. Tu voudrais également un but dans chacun de nos actes, tu voudrais que l’amour et la vie conjugale ne fissent qu’un – cela ne saurait être. Le charme, la variété, la beauté de la vie tiennent précisément à des oppositions de lumière et d’ombre.

Anna Karénine, Première partie, chapitre XI

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Ami lecteur, ce n’est pas vous qui me féliciterez d’avoir résisté à la tentation. Car pendant plus d’un mois, j’ai résisté à celle d’écrire sur ce blog. Rien, même pas un commentaire ni un regard aux statistiques, l’abstinence complète afin d’échapper à ce qui m’était apparu devenir une addiction. J’aurais pu vous prévenir de ma résolution, mais non, silence radio, et sans le moindre scrupule. Quand je vous disais que je suis infidèle…

Je suis aussi opportuniste. J’ai lâchement profité d’un surcroît de travail auquel je me suis assidûment consacré, ainsi que d’un bon roman qui m’a tenu éloigné de toute velléité littéraire. Il faut dire que face à un monument comme Anna Karénine, l’écrivaillon ne peut que faire taire son clavier. Je ne vous ferai pas l’offense supplémentaire de vous apprendre ce qu’est, selon Louis Pauwels, « ce grand roman de l’adultère, au souffle beaucoup plus grand que Madame Bovary ». J’ai bien une prédilection naturelle pour m’étendre - et même me vautrer - sur ce thème, mais c’est plutôt l’intrication du roman avec la vie personnelle de son auteur dont j’ai envie de vous parler.

Anna Karénine s’inscrit à un tournant de la vie de Lev Nicolaievitch Tolstoï. Guerre et paix lui a déjà apporté la renommée, il n’en est pas moins déchiré entre sa vie littéraire mondaine et sa religiosité puritaine. Un soir de 1873, après relu Pouckine, le bouillant Tolstoï se lance dans ce roman comme sous l’effet d’une impulsion créatrice incontrôlable - pour ainsi dire libidinal au sens psychologique du terme. Il croit alors pouvoir le terminer en deux semaines, et le publier sous forme de feuilleton dans le messager russe. Quatre ans plus tard, il y est toujours. Après avoir touché 20000 roubles – la somme la plus importante jamais versée pour un roman à cette époque – Tolstoï ne parvient pas à accorder le démon littéraire qui l’aiguillonne, avec ses méditations existentielles au thème récurrent : « Quel est le sens de la vie ». Partagé entre l’envie de peaufiner son chef d’œuvre et celle d’en finir, il en multiplie les plans et les variantes qui finissent par compter autant de pages que l’énorme roman final, soit plus de 850 pages dans l’édition de poche.

La chronologie de ces variantes montre que l’intrigue initiale entre Anna Karenine et son amant le prince Vronski, s’est peu à peu enrichie d’une histoire parallèle : celle du couple vertueux Lévine – Kitty, largement autobiographique. En traversant ce roman de part en part, Lévine-Tolstoi semble donner le contrepoint moraliste de la chute d’Anna Karénine, et remplir ainsi sa mission prosélyte comme le souligne la citation Biblique de la préface « À moi la vengeance et la rétribution » - ce qui prête à sourire quand on réfléchit à l’ambiguïté du mot « moi ». Néanmoins, il ne se départit pas d’une certaine sincérité, notamment lorsqu’il décrit comment Lévine confie son journal intime à sa jeune épouse pour lui avouer son « impureté sexuelle » au soir de sa nuit de noce, épisode autobiographique qui torturera Tolstoi jusqu’à son lit de mort.

C’est cette sincérité là qui désarçonne Lévine dans ce dialogue avec Oblonski, qui  incarne le jouisseur opportuniste, le terrien sympathique, aux préoccupations prosaïques étriquées comparées aux élans passionnés d’Anna Karénine. C’est pourtant ce personnage attachant, dépeint par l’auteur avec tout l’amour du Seigneur envers le pêcheur à convertir, qui balaye les arguties du moraliste. Comme un clin d’œil à la vie terrestre avant que Tolstoï n’embrasse la blancheur immaculée où il se perdra.

11 avril 2008

Un vague amant (7)

    Gatwick, Vendredi après midi. Londres n'intéresse plus Ninon. Faute de chambre pour abriter nos ébats, nous décidons de passer la journée à surfer dans un cyber café de l’aéroport, comme deux drogués au net. Nous finissons par dévoiler quelques secrets d’alcôve virtuelle. En vérité, je n’ai presque rien à cacher, et je ne lui montre qu’un bout de correspondance avec une relation épistolaire qui sait tout de cette escapade londonienne. Cela semble l’amuser, mais pas autant que de m’ouvrir sa messagerie, de me dévoiler son carnet d’adresse caramail en direct, histoire de me montrer ce qu’une fille décidée peut faire. À peine s’est elle connectée, qu’une cascade de fenêtres de dialogue s’ouvre à l’écran. Je suis sidéré de la voir draguer sous mes yeux, et sélectionner sans état d’âme ses camarades de jeu pour son prochain week-end.
    Entre deux dialogues, elle me demande si je ne pourrais pas lui établir une fausse facture, ce qui lui permettrait de passer ses dépenses Londoniennes en note de frais. Notre liaison vient de passer par pertes et profits. Je ne suis plus qu’une affaire classée à son passif. J’ai compris, amer mais fair play, que je n'aurai guère été que l'amant d'une soirée. Un one shot qui n’offre plus d’intérêt après l'excitation de la découverte. Elle est avide de reprendre son exploration, exploration des sens tous azimuts et des êtres en tous genres, exploration à coeur et corps perdus. Un périple où je n’aurai été qu'une escale.
    Je plaisante pour faire bonne figure et cacher mon vague à l’âme. Ce n’est certainement pas un chagrin d’amour, non, juste une blessure d’amour propre. Après tout, qu'avais-je bien osé espérer ? Je ne suis pas le grand et beau jeune libertin qu'elle recherche pour la guider dans ses errances sexuelles. Elle a d’ailleurs bien plus d’expérience que moi dans ce domaine. De l’expérience, moi, je n’ai que l’âge. Pourtant, malgré tous mes efforts pour rationaliser, j’ai un pincement au cœur, et un peu peur pour elle.

Make love, not war par ~vallanthe sur Deviant ART

 Fin

09 avril 2008

Un vague amant (6)

Dunes_02 par Declic95 sur Deviant ART

   Gatwick au petit matin. Ninon est encore endormie. Ma main flotte sur son pubis, s'enfonce dans sa forêt soyeuse, explore son intimité tranquille. Mon doigt glisse sur sa vulve, entre ses lèvres, tout doucement, dans un lent va et vient. Chaque phalange de mon doigt effleure son clitoris quand il plonge en elle. Dans son demi sommeil, Ninon soupire d'aise, ouvre les cuisses à ma caresse. Mais ma main continue patiemment, sans s'affoler, confiante de détenir enfin la clef de son plaisir. Ma caresse se fait plus profonde, plus pénétrante, mais toujours aussi légère quand, au reflux, mon doigt mouillé titille son clitoris incrusté entre les plis de ses chairs. Ses gémissements de plaisir confirment mon intuition. Réveillée pour de bon, elle m'attire entre ses cuisses. Je caresse son visage, elle suce mon doigt, j'ai compris le message : à ma langue de poursuivre. Elle décharge son orgasme dans ma bouche avide de jouissance.
   Si ma bouche est gourmande, la sienne est savante : c’est avec ses lèvres qu’elle enfile mon préservatif. Elle me demande de la prendre tout de suite, en levrette. Je m’apprête à la pénétrer doucement quand elle s'empale d'un coup de reins. C’est elle qui mène la danse en me guidant par la verge, balançant ses hanches au rythme de son plaisir, un coup à droite, un coup à gauche. Elle a le cul rock’n’roll. Elle me baise gaiement, c'est délicieux et j’en ris, d'un rire enfantin en découvrant comment elle me fait l'amour. C’est si ludique, avec une sensualité si différente de celle à laquelle j’ai trop l’habitude. En changeant de femme, j’ai l’impression de perdre un nouveau pucelage.
   Je reprends la main d’une claque sur ses fesses. Je glisse un doigt dans son anus, pour sentir mon phallus à travers elle. Pour la première fois, je touche du doigt les sensations que peuvent procurer le va et vient de mon sexe, de plus en plus rapide, de plus en plus profond, là où j'explose.

 À suivre…

07 avril 2008

Un vague amant (5)

In Bed Massage by ~photophiend sur Deviant ART

   Gatwick, en pleine nuit. Nous rentrons enfin au Bed & Breakfast après une épuisante odyssée ferroviaire. Arrivés dans la chambre à la fois kitch et cosy, en un mot british, nous décidons qu’un petit massage nous fera le plus grand bien.
   Quand je sors de la douche, vêtu d'une simple serviette autour de la taille, Ninon est déjà étendue sur le ventre dans la même tenue. Elle me propose d'abord de "faire la crêpe", selon son expression, et puis nous inverserons les rôles. J'étale l'huile de massage parfumée sur son dos. Elle soupire au contact du liquide froid, soupirs d'aise lorsque je commence à étreindre ses épaules, sa nuque, massant systématiquement chaque vertèbre, descendant de plus en plus bas, jusqu'au coccyx, avant de remonter le long de ses flancs, pour recommencer encore et encore. Ensuite je masse langoureusement ses jambes, ses mollets, ses cuisses, toujours plus haut. Je finis par ôter la serviette pour masser ses fesses rondes et fermes. Je les malaxe à pleines mains, découvrant à l’envie son oeillet rosacé à chaque fois que j’ouvre sa croupe. Je me demande si je vais y connaître pour la première fois les joies de la sodomie. Comme elle se cambre, je vois même sa petite forêt grise qui envahit son intimité lippue. Je n'irai pas plus loin.
   Rétrospectivement, je réalise en écrivant ces lignes que j'aurais dû masser la vulve qu'elle me tendait. Mes gestes n'ont pas coulé comme ils auraient dû, dans le tempo du désir.
   Comme convenu, elle me prodigue un délicieux massage où elle étale autant d’huile que de talent. À sa demande je lui masse longuement les pieds, et finalement, ma langue maladroite s’aventure dans son intimité.

- Tu connais la rape à fromage ? me demande-t-elle en rigolant.
- C’est une position du kamasoutra ?
- Non, c’est l’impression que me donnent tes poils de barbe contre ma vulve.
- Ah ! Désolé… il est tard, ça a poussé depuis ce matin…
- Tu ne veux pas te raser ?
- Si… j’y vais.

   Quand je reviens de la salle de bain, l’ambiance est un poil retombée. Nous nous caressons mutuellement et je finis par la prendre, bêtement, en missionnaire. Je jouis tout seul, comme un con. Elle s'endormira dans mes bras sans que j’aie su lui donner le plaisir attendu.

 À suivre…

05 avril 2008

Un vague amant (4)

Waiting at the pole by *film400 sur Deviant ART

    Shoreditch, 21h. La devanture du Metropolis plaquée sur une terne façade de brique rouge me fait penser à un string à paillettes sur les fesses d’une vieille dame. Immanquable. À peine avons-nous franchi le sas d'entrée de cette boîte de strip-tease, que nos yeux sont captivés par une rousse sculpturale dont la nudité est offerte à des dizaines de regards blasés.
   Ninon, subjuguée, prend ses quartiers devant la scène pour ne plus en bouger, pendant que je lutte parmi des yuppies en costume pour récupérer deux bières. Je la rejoins pour contempler les effeuillages dont la variété me laisse pantois : lascifs ou acrobatiques, érotiques ou esthétiques, aussi variés que les beautés qui se succèdent sans répit, ils suscitent nos commentaires goguenards ou admiratifs, qualifiant la courbe d'un sein, le galbe d'une cuisse, le grain d'une peau, la souplesse des reins ou les poses suggestives. Ces numéros confortent Ninon dans sa bisexualité, d'autant plus que toutes les artistes la gratifient d'un sourire dont l’apparente complicité masque bien leurs attentes commerciales.
   Nous sommes particulièrement impressionnés par une métisse au corps de liane, qui effectue un strip-tease acrobatique digne d'un programme de gymnastique, virevoltant autour d'une barre verticale promue au rang d'agrès, mais qui me suggère plus d'émotions esthétiques qu'érotiques, et davantage d'admiration que d'excitation. Nous ne la quittons pas des yeux alors qu'elle quitte la scène dans l'indifférence générale. Quelques instants plus tard, elle vient nous saluer et nous propose une séance de table dance. « OH YES ! » s'écrie Ninon avec un enthousiasme surprenant .
   Nous suivons la danseuse dans une salle à l’écart. Sur une scène miniature, une jeune blonde s'exhibe face à un homme d'affaires bien mûr. Notre belle métisse monte sur la scène qui jouxte notre banquette. J'avoue ne plus avoir d'yeux que pour cette jeune femme à la peau tabac, qui se dénude avec sensualité, exhibant ses charmes les plus intimes dans des postures acrobatiques à quelques pouces de nos visages vermillons d’émotion. Elle conclue son chaud show par sa spécialité : tout en nous regardant entre ses jambes écartées, elle parvient à faire cliqueter comme des clochettes les piercing qui ornent ses lèvres intimes. L’originalité vient de basculer dans le grotesque.
   Nous quittons la boîte quelques minutes plus tard. Ninon me prend par le bras, ravie du spectacle, mais toutefois déçue de ne pas avoir revu la belle rousse. Son contact me fait plus bander que toutes les créatures que nous venons de croiser.

 À suivre…

02 avril 2008

Un vague amant (3)

0e22c41a6860607aed956e7aaffd215c.jpg   Knightsbridge, 17h. Après avoir fait quelques boutiques à la recherche de je ne sais quel accessoire de mode, Ninon me dit avoir envie de jouer à la pretty woman. Elle joint le geste à la parole en s’engouffrant aussitôt dans une boutique où je la suis comme un mari improbable. Sur les cintres, des robes de soirée clinquantes en côtoient d’autres d’un mauvais goût extravagant. Elle finit par en choisir quelques-unes. J’espère que c’est pour le seul plaisir de m’entraîner vers les cabines d’essayage. À peine a-t-elle fermé le rideau de la cabine que je m’effondre dans un fauteuil club, sans doute installé là pour éviter que les hommes ne se blessent en tombant à la renverse devant les étiquettes. Dans cette boutique, tout est bien au-delà de mes moyens.
   Ninon m’interpelle. Je m’approche du rideau que j’écarte d’une main. Elle tient devant elle une robe scintillante encore sur son cintre, que je regarde à peine. Derrière Ninon, dans le reflet du miroir, la peau blanche de son dos nu est barrée par les bretelles de son soutien gorge, couleur crème. Plus bas, sa petite culotte assortie souligne la rondeur de ses fesses et la pâleur de ses cuisses jusqu’aux mi-bas de nylon. « Je commence par celle-ci ? » me demande-t-elle avec une lueur coquine dans le regard, tout en écartant la robe avec une fausse ingénuité. Aux commissures de ses cuisses, de part et d’autre du triangle de satin, dépassent deux belles touffes de poils.

 À suivre…

29 mars 2008

Un vague amant (2)

   Oxford Street, 15h. Le froid glacial nous jette dans un bus bien anglais, rouge et à deux étages. Animée par la curiosité, Ninon monte au premier étage où nous avons l'heureuse surprise de ne trouver qu'un passager distrait. Nous nous asseyons au premier rang avec vue panoramique sur cette avenue commerçante. Nous nous en fichons éperdument.
   Je la prends enfin par les épaules pour l’embrasser langoureusement. Elle n'attendait que ça. Je sens sa langue glisser entre mes lèvres. J'y échappe pour perdre ma bouche dans son cou, lui mordiller l'oreille au passage, caresser son visage d’une main. L’autre remonte entre ses cuisses, jusqu'à son entrejambe. Je la masse au travers de son jean. Mes doigts s'attaquent au tissu épais, y ouvrent une brèche, et s'aventurent sur son ventre. Là, ils contournent l'ultime rempart de dentelle, et explorent sa petite forêt. Elle est bien plus touffue que je ne l’imaginais. Ninon soupire d'aise, elle écarte les cuisses, elle tente de s'ouvrir à ma caresse. Mais je n'ai pas les clefs de son plaisir. Le trousseau en main, j’ai beau fouiller, je ne parviens qu'à l'exciter. Notre pittoresque situation, à la vue de tous et de personne à la fois n’est sans doute pas étrangère à ce demi échec.
   Un autre bus nous croise en sens inverse. À l’étage, une vielle dame perdue dans ses pensées. Elle passe à quelques pieds de nous, sans nous voir. « Hello ! » dis-je en levant la main. Ninon sursaute, s'inquiète, rit à ma plaisanterie et s'abandonne à nouveau. Plus pour longtemps : le bus a atteint son terminus bien avant que Ninon atteigne celui de son plaisir. Nous sortons du bus encore plus rapidement que nous y sommes montés. Ninon finit de se rhabiller dans la rue.

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 À suivre…

27 mars 2008

Un vague amant (1)

Big Ben par ~endraum sur Deviant ART    Gare de Waterloo, un Jeudi de l’hiver 2001 à onze heure du matin. Je regarde défiler des visages inconnus. Surtout ceux des femmes. La plupart sont fermés mais certains s’éclairent en voyant un parent, une amie, un fiancé venu les attendre à l’arrivée de l’Eurostar.
    Officiellement, je n’ai rien à faire là. Pour mon employeur je suis rentré à Paris prendre une journée de congés, et pour ma femme je suis encore en mission à Londres. En réalité, je suis dans le no man’s land du mensonge, réfugié dans l’interstice entre ma vie professionnelle et ma vie familiale. J’y éprouve la sensation grisante d’échapper à toute contrainte pendant quelques heures, à toute convention, à toute promesse. Un plaisir qui vaut bien le prix de la duplicité et de la tromperie. En voyant soudainement apparaître le visage de Ninon coiffé d’un drôle de chapeau rond, je me demande si je ne me suis pas trompé aussi.
    J’ai rencontré Ninon sur internet quelques semaines auparavant. J’ai eu l’occasion de l’inviter à déjeuner deux ou trois fois, l’occasion de retrouver le plaisir du flirt avec une jeune femme après tant d’années de conjugalité. Elle a 23 ans. Moi, j’ai une quinzaine d’années de plus, et probablement de trop. Je l’ai invitée à passer deux jours avec moi à Londres, essentiellement parce que j’ai vu en elle une complice potentielle pour mon premier adultère. Je l’embrasse sur la joue comme une bonne amie.

 À suivre…

18 février 2008

Mission libertine - XIV

    Très cher Christophe,

    C'est à la va-vite que je couche – notez l’absence primordiale de virgule à cet endroit précis - quelques mots qui ne suffiront pas à combler le lecteur assidu et attentif que vous êtes.
    D'avance je vous présente mes excuses pour la brièveté de mon message, j'ai bien reçu le vôtre et je comprends pour l'avoir lu en diagonale que vous croyez en la réincarnation, que votre maîtresse a écrit un livre autobiographique, que vous me proposez un trio avec mon amant, que vous auriez bien aimé vous avoir à vos côtés mercredi dernier lors de cette soirée libertine, que vous ne voudrez jamais me rencontrer parce que vous me pensez belle et séduisante et qu'une fois le virtuel au placard vous me trouverez banale et finalement très peu intéressante… Mais qui dit que cette aura disparaîtrait ? (Pas de réponse SVP)
    Trêve de plaisanterie, pour ce qui est de me savoir entre de bonnes mains libertines, je remets en doute considérablement l'homme avisé que j'ai pu voir en mon amant. Il m'a menti et je vais lui prouver que je le sais. Je déteste le mensonge et je préfère un sentiment ou une critique exprimée même si elle n'est pas agréable à entendre, plutôt que la trahison du mensonge. Je monte peu à peu le scénario qui me permettra de lui faire savoir que je ne suis pas dupe, et une fois devant le fait établi je ne pourrai plus que lui présenter mes adieux...
    Je me doute que cette histoire ne vous importe pas le moins du monde, mais l'écrire et libérer un peu mon âme me fait du bien. Finalement je crois que je suis certainement plus éprise de lui que je ne veux l’admettre, ou le faire croire aux autres !
    Je ne manquerai pas de répondre à votre long message, mais je suis aux prises avec des valises récalcitrantes et les heures passent à une vitesse folle. Comment aborder la chair sans rompre le charme épistolaire ? Voilà une très belle question et je pense avoir la réponse vu que j'ai pu vivre cette magnifique aventure avec mon (ex) amant, tout comme je crois qu'il en est de même avec votre liaison actuelle.

    Au plaisir de vous écrire,

Sarah

    ________________________________


    Très chère Sarah,

    Ne vous excusez pas, je comprends fort bien que la préparation de votre déplacement ne vous laisse pas le loisir d’écrire comme vous le souhaiteriez, mais permettez-moi quelques remarques pour mieux aiguiller votre réponse que je saurai attendre patiemment, tout au moins jusqu’au 25 Juillet, date à laquelle je commencerai ma migration estivale pour m’envoler sous d’autres cieux.
    Je suis fort attristé de savoir la fin de votre liaison. A mon humble avis, toute vérité n’est pas toujours bonne à dire, et on peut omettre certaines choses par amour. Par ailleurs, je pense qu’il faut laisser aux autres le loisir de vivre leur vie privée, et ne pas prendre pour argent comptant les mots doux qui peuvent largement dépasser des intentions plus prosaïques, surtout lorsqu’ils sont prononcés dans le feu de l’action amoureuse. Ces généralités énoncées, je ne sais pas quelle est la nature de ce mensonge, et vous avez toute la sagacité pour juger de sa gravité, au point de cesser une liaison qui semblait vous apporter satisfaction. Vous pouvez m’en parler davantage si vous le souhaitez, ou pour le simple soulagement de l’écrire.38cd3441866d27c2645a40b79bf071a2.jpg
    Je ne crois pas que la réponse à ma question soit affaire de généralités, et encore moins de réponse toute prête. J’ai avec ma maîtresse une liaison amoureuse charnelle, qui a depuis longtemps pris le pas sur toute considération littéraire, alors que je partage avec vous une liaison épistolaire charmante, qui ne pourrait plus être ce qu’elle est si nous nous connaissions au sens biblique du terme. D’autre part, je ne sais pas combien de temps pourrons-nous encore continuer de jouer au chat et à la souris, sachant que le moteur de notre correspondance n’est pas le macramé, ni les fiches de cuisine, mais est bien libidinal.
    Je renouvelle donc ma question « Comment aborder la chair sans rompre le charme épistolaire ? », non pas à la manière d’un philosophe devisant sur les rapports humains, mais plutôt celle du Zèbre d’Alexandre Jardin : Par quel stratagème peut-on goûter aux joies de la chair sans rompre le mystère de l’inconnu(e), comment connaître la jouissance charnelle sans la trivialité des rapports amoureux, comment jouir de nos corps en ne connaissant que nos mots ?

    Au plaisir de lire votre réponse,

Christophe

À suivre…

04 février 2008

Mission libertine - XII

    Trop facile. Il est trop facile de justifier ses désirs par ses frustrations, comme si le désir était défini par le manque, ou les manquements des autres. Le désir est intrinsèque à la nature humaine, il s’impose même aux rassasiés, pensai-je en sortant de la station de métro. Faut-il donc qu’il y ait une quête secrète, un vide intérieur pour que Don Juan se cogne de femmes en femmes, ou bien n’est-il que la bienheureuse victime d’un excès d’appétit ? Tout en marchant sur les trottoirs déserts d’un quartier résidentiel, je ne pus que songer à cet échange de lettres avec Sarah qui avait déclenché l’épopée sensuelle dont nous allions vivre un nouvel épisode. Après une rupture de quelques mois, notre liaison épistolaire avait repris au tout début du mois de Juillet.

    Cher Christophe,
 
    Je peux vous assurer qu'entretenir cette relation épistolaire avec vous ces derniers mois n’a pas été pour moi une perte de temps. Même si un jeu de séduction était bel et bien le but de nos premiers écrits, je ne le considère pas stérile, loin de là. Il a été pour moi fort attrayant et si votre esprit n'avait pas déjà succombé aux charmes indéniables de votre sublime maîtresse, je peux vous avouer qu'en plus de me réjouir de vos écrits, j'en serais peut-être (certainement ?) venue à partager un peu plus que des mots avec vous.
    Ceci dit, dès le départ vous m’aviez annoncé la couleur, ce qui ne m'a pas empêché d'entrer dans ce jeu au charme captivant sans vouloir pour autant faire de l'ombre à Jeanne, votre princesse. Connaissant mon goût pour les femmes - ou tout au moins ma curiosité pour les relations saphiques qui, à ce jour, demeurent encore inconnues – vous avez essayé de nous présenter l’une à l’autre dans l’espoir d’en tirer, si j’ose dire, un plaisir charnel personnel… Cette approche s’est soldée par un échec, un peu par votre faute, beaucoup par la mienne, au point que la correspondance artificielle que vous avez essayé d’initier entre elle et moi aura sonné le glas de la nôtre… mais n’en parlons plus je vous prie, et réjouissons-nous de nous écrire de nouveau !
    Au chapitre de mes soirées parisiennes avec mon amant, puisque vous me posez la question, elles n'avaient rien de si extravagant. Nous avons plutôt plongé dans l'assurément romantique qui n'impose pas d'être vécu forcément à Paris. Mise à part ce dîner croisière sur la Seine, le reste aurait très bien pu se passer à Metz, Los Angeles, ou Argelès…Des moments forts en émotions diverses et variées qui ne sont pas prêts de s'échapper de ma mémoire. Au fait, je viens d’apprendre à ma grande surprise que mon compagnon illégitime a entrepris de me chercher une partenaire féminine, lui aussi. Un cadeau qu'il tente de m’offrir, rien que pour moi. Il ne serait qu'un intermédiaire pour combler sa maîtresse. Il y a indubitablement des attentions qui touchent profondément.
    Vous vous demandez si je suis une professionnelle de l’écriture ? Je crois que ce serait de notoriété publique, même si je me souviens vous avoir effectivement tenu quelques propos du genre que vous avancez, mais peut-être ai-je trop sous-entendu certaines idées qui auront émoustillé votre imaginaire débordant. Vous interprétez encore très rapidement certains de mes propos et les considérez ensuite comme fait établit.  Qui vous dit par exemple que les autres expériences fabuleuses que je vous avouais avoir vécues étaient d’ordre sexuelles ? J'aurais très bien pu faire allusion à une partie de pêche au gros au milieu de l'Atlantique, un tour de manège qui m'aurait retournée dans tous les sens du terme, une nouvelle recette de la confection d'une tarte aux pommes ! Mais bien sûr, cher Christophe, en plus d'être rapide vous êtes perspicace et ces évènements formidables étaient bien entendu libidineux. Ceci dit, ils ont été rares et n'ont jamais été dans le but d'entraver ma relation avec mon délicieux amant (pour reprendre votre terme et parce qu'il me plaît) qui demeure ma priorité.
    J'ai ainsi passé une nuit d'amour avec un homme que je ne connaissais que très peu finalement. Plusieurs échanges de mails, deux rencontres avant de mettre en pratique la théorie, car je ne pensais pas pouvoir un jour m'abandonner corps et âme aux côtés d'un individu qui m'était presque inconnu. Une nuit de plaisir et rien de plus était notre « contrat moral », si tant est qu’on puisse évoquer la moralité compte tenu de notre statut matrimonial : mariés lui et moi mais pas avec les même personnes. Nous partagions cependant l'envie de nous offrir une nuit complète, de nous donner l'un à l'autre sans à priori, sans jugement, et sans plus rien après. Bien qu’intense, nous nous sommes peu investit dans ce contacts charnel, car nous savons que la véritable communion des corps passe aussi par l'esprit. Cependant, un certain feeling nous a permis de vivre presque sans arrêt -  je sous-estimais considérablement mon endurance en la matière - des ébats torrides et sensuels du soir au matin. Un baiser en guise d'adieu sur le parking de l'hôtel, - on se reverra ?- oui bien entendu, alors que nous pensions tous les deux l'inverse : Il nous fallait garder ce souvenir impérissable et le réitérer aurait sans nul doute brisé la magie qui nous a accompagnée plusieurs heures durant. Nous ne souhaitions, ni l'un ni l'autre, revivre ces instants charnels. Les suivants n'auraient pu être aussi bons, puissants, envoûtants, fascinants que le premier. Oui j'ai été gourmande dans ce cas précis, mais ce devait être un soir de pleine lune dirons-nous…
    Enfin je terminerai par répondre à votre invitation à vous rejoindre vous et votre amante mercredi prochain au cours de cette soirée libertine, en tout bien tout honneur bien sûr… Je reconnais que l'idée m'avait effleuré mais je suis cependant au regret de décliner votre sollicitation.
    Et oui, mercredi je fais mon repassage et pas un autre jour, je ne serais pas épilée, mon rendez-vous chez le coiffeur est prévu dans 15 jours, il faut que je change l'eau du bocal de mon poisson rouge, je dois téléphoner à ma soeur, j'ai un bouton sur le nez, ce n'est pas mon jour de sortie, je suis chiante comme la mort, il faut que je plante mes salades au fond de mon jardin…
    Ca c'est pour les excuses bidons. Par contre les deux vraies raisons sont que j'ai prévu une nuit avec mon amant cette même date, et que j'ai une peur bleue de vous rencontrer. Que peut bien faire une pauvre femme au foyer avec des libertins cultivés et intellectuels de surcroît ?
    Cette question n'attend pas non plus de réponse mais la pression de notre société vis à vis de ces femmes qui ont décidé de rester dans leurs quatre murs pour voir s'épanouir leurs progénitures est très pesante : nous ne sommes que des bonnes à rien si ce n'est à lire les derniers potins de Voilà en regardant les "feux de l'amour" et en faisant le ménage du matin au soir. Je me demande si cette image n’est pas justifiée lorsque je vais chercher mes loulous à l'école, en voyant le tableau pitoyable de ces mamans qui s'habillent comme des sacs et qui n'ont d'autres conversations que les promos à Carrefour, la dent de leur dernier qui vient de tomber, sans oublier les commérages sur les "pétasses bourgeoises et hautaines" de mon espèce qui osent venir en talons hauts à la sortie de l'école et qui n'adressent la parole à personne de peur d'être contaminées par leurs tristes distractions. Je préfère me laisser vilipender, continuer à lire les essais de Montaigne si ça me chante, et oser faire attention à mon apparence puisque je ne veux pas me résoudre à ressembler au stéréotype de la ménagère de moins de cinquante ans !
 
    Je vous souhaite un agréable week-end.
    Au plaisir de vous lire encore.

Sarah

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    Chère Sarah,

    J’ai la conviction que bon nombre de professionnels de l’écriture n’ont pas la notoriété que vous feignez d’imaginer. En matière de lettres, le talent ne paie plus, pas même en nature, vous savez, ces fruits amers que sont glorioles et célébrité, si prompts à griser, surtout les tempes. Alors je m’étais imaginé qu’entre un amant et une sortie d’école, vous endossiez le costume de l’obscur(e) nègre(sse) payée aux pages et pour se taire. C’est y pas bête d’être si romanesque ! Vu votre goût pour la précision et les explications de texte, je me demande d’ailleurs si en fin de compte, vous n’avez pas été prof de lettre dans une vie professionnelle antérieure.
3765f5e23a17542046633022af696db1.jpg    Ah, le fantasme du bel inconnu, celui que l’on ne verra qu’une fois. Au risque de vous surprendre, je ne l’ai jamais conjugué au féminin. J’ai certes connu des femmes que je n’ai pas revues, de mon fait ou du leur, mais ce ne fut jamais prémédité. Dans une logique épicurienne cherchant à maximiser les plaisirs et minimiser les déplaisirs, j’ai toujours considéré ces rencontres éphémères comme des erreurs de parcours. Car soit le plaisir n’était pas au rendez-vous, soit la belle a pris ses jambes à son cou et mon ego en a pris un coup. Bref, dans tous les cas l’abstinence aurait été préférable. Apparemment votre expérience d’un véritable contrat hédoniste à durée déterminée vous aura apporté les vifs plaisirs annoncés sans les frustrations redoutées, et je devrais songer à mettre en pratique mes lectures philosophiques actuelles. Je viens de découvrir Michel Onfray par sa « Théorie du corps amoureux », sorte de traité du libertinage dans la lignée d’un épicurisme hédoniste, et je me suis surpris à faire un raid à la fnac avec pour objectif Ovide et son « art d’aimer », les œuvres complètes d’Horace, tout en me laissant malgré tout aller à quelques romans érotisants… A propos de pratique philosophique, j’ai récemment lu « aimer plusieurs hommes » de Francoise Simpère, y reconnaissant presque trait pour trait mon amante Jeanne, à juste titre comme elle me l’a confirmé, et que vous ayez encore quelques remords ou pas, je vous conseille aussi cet essai qui fait l’apologie des fidélités contre l’exclusivité.10d0430e7ddd479aff55a50b6fa64fa6.jpg
    Je suis heureux de vous savoir en de bonnes mains libertines, car seul un homme avisé prendra soin de vous trouver une partenaire de jeux saphiques, dont il pourrait aussi goûter ultérieurement les faveurs. Vous vous en doutez sans doute car je vous sais perspicace. Ce qui me surprend davantage chez vous, c’est la légèreté avec laquelle vous abordez votre liaison avec votre amant, sans vous encombrer des sentimentaleries d’usage, avec cette juste distance qui vous permet d’aborder les douceurs romantiques avec lui et des escapades romanesques avec d’autres, sans le vain cœur du jeu de qui-perd-gagne auquel excellent les sentimenteurs. Je ne peux donc que vous féliciter sur votre lucidité, qui parfois me manque.
    Jeanne a regretté votre absence Mercredi dernier, dont les débats auraient assurément bénéficié de votre contribution, et elle fut particulièrement surprise par la raison que vous avez invoquée. Elle me connaît assez pour m’avoir démystifié, et à la réflexion, il ne me déplait pas de garder auprès de vous cette aura virtuelle qui risquerait fort de disparaître dès notre première rencontre réelle. Comment aborder la chair sans rompre le charme épistolaire ? Voilà un sujet de dissertation autrement plus excitant qu’une explication de texte et à laquelle je vous invite…

    Au plaisir assuré de vous lire,

    Christophe

À suivre…

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