24 janvier 2008
La nuit de Valognes
Dans un château perdu de Normandie, plusieurs femmes attendent un homme. Elles l'ont aimé ; elles le haïssent. Il les a trahies, elles vont le punir. Cet homme, c'est Don Juan... Mais grand sera leur étonnement lorsque le séducteur arrivera au rendez-vous. Pourront-elles lui pardonner de ne plus être celui qu'elles ont tant aimé ?
Après Le bal des mots dits et Le libertin réconcilié, voici mon analyse de « La nuit de Valognes » d’Eric-Emmanuel Schmitt, et c’est chez Ysé…
PS: Je viens de découvrir une note brillante sur le Don Juan de Molière, qui éclaire le mythe sous un jour bien moins agnostique que ne le font les analyses habituelles... décapant !
09:25 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : La nuit de Valognes, Livres, Eric Emmanuel Schmitt, Don Juan, Théâtre, Littérature
03 janvier 2008
La voie lactée (1)
Pour ma première note de l'année, jouez les étoiles et filez chez Ysé : la voie lactée vous y attend !

07:05 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : La voie lactée, Littérature, Erotisme
24 décembre 2007
Mission libertine - VIII
J’entrai chez Chochotte sans savoir si Sarah y était déjà, et j’allai me renseigner au guichet.
- Bonjour monsieur. J’étais venu il y a quelques temps à propos d’un défi que je comptais lancer à une de mes amies, vous vous souvenez ?
- Oui, oui je me souviens.
- Normalement, elle devrait être arrivée.
- Une femme blonde est descendue il y a quelques minutes. Je la vois dans la vidéo de surveillance. Tout se passe bien. Très bien même.
Je me tordis le coup dans l’espoir de la voir dans la salle sur les écrans de surveillance, sans succès.
- C’est parfait. Pourriez-vous lui remettre cette enveloppe quand elle ressortira ?
- Qu’est-ce que c’est ? Demanda-t-il quelque peu soupçonneux.
- Une simple lettre, vous voyez, l’enveloppe n’est même pas cachetée.
- Aucun problème, répondit-il un peu gêné par la méfiance qu’il venait de me témoigner.
- Vous permettez que je reste quelques instants dans l’entrée ?
- Si vous voulez, me dit-il sans me poser plus de question.
J’actionnai discrètement la télécommande du papillon en espérant qu’elle fonctionne à cette distance, tout en laissant mon esprit vagabonder au gré de la correspondance que nous avions échangée les jours derniers.
Ma très chère Sarah,Sachez que le portrait de votre folle passion ne m’importune pas le moins du monde, car je partage en tous points une passion similaire. Une passion charnelle et cérébrale pour une femme qui m’a prodigué ses mots raffinés, qui m’a offert son corps torride, et dont je ne connais toujours pas ce qu’elle offre au moindre passant : la vue de son visage. Je l’ai certes deviné dans la pénombre, mais je redoute de le voir devant moi dans un cadre social classique. Non, je ne crains pas de m’évanouir face à un quasimodo au féminin, je crains seulement que le mystère que nous entretenons ne s’évanouisse, et que notre liaison si particulière sombre dans la trivialité des relations illégitimes.
J’ai joué de maladresse dans ma préparation d’un nouveau défi avec Yann, qui brûle d’être le skipper plutôt que de se contenter du rôle d’équipier. Après vous avoir contacté en privé, je sais que ce séducteur impénitent aura tout fait pour vous faire tomber dans son escarcelle autrement plus profonde que la mienne, même si j’avais d’autres projets… Si vous souhaitez vous offrir un moment de plaisir avec lui sans plus attendre, je ne peux vous en empêcher, et cela ne devrait pas nuire à notre relation. Soyez tout de même bien consciente de son inconstance, au point qu’après avoir eu une aventure avec vous, il pourrait ne plus envisager les combinaisons sensuelles dont je lui avais fait part. J’espère donc que vous continuerez à m’accorder votre confiance pour nous mener au terme des plaisirs que j’escomptais. Je suis bien conscient que vous ne pourrez pas maintenir éternellement ce feu follet en veilleuse, et je ne vous demande que quelques mois pour mener mystérieux projet à son terme. Oui, j’ai conscience que ce délai est bien long, mais songez que sa ferveur sera probablement proportionnelle à l’attente que vous lui imposerez. Je vous laisserai ensuite jouir de ses atouts comme il vous plaira. Aussi, vous pouvez considérer la chasteté que je vous demande envers lui comme un nouveau défi. […]
J’avais rencontré Yann quelques mois plus tôt. Dès que je l’avais vu arriver dans le café où nous nous étions donnés rendez-vous, j’avais reconnu le séducteur impénitent : Casque à la main, combinaison de cuir et gueule d'amour, il avait une allure tout à fait conforme à son incroyable tableau de chasse. Jeune trentenaire, journaliste, récemment divorcé, il était alors en pleine tourmente sexuelle et existentielle. Adepte de tantrisme et de rencontres éphémères, il jouissait d'un certain succès auprès des femmes et j'avais flairé en lui le partenaire de débauche idéal : nous comblâmes ensemble une amatrice d’émotions fortes ce qui nous lia aussi d’amitié. C’est ainsi que j’appris qu’il était entré en contact avec Sarah. Elle ne s’était pas montrée insensible à sa cour assidue, contre laquelle je l’avais mise en garde tout en demandant à Yann de réfréner ses ardeurs, sans trop y croire : autant demander à un lion de ne pas croquer la gazelle qui gambade sous ses yeux. C’était bien le cas de le dire.
Très cher Vagant,
Une fois de plus, je pense être sortie victorieuse du défi de chasteté que vous m’aviez lancé, et sans ceinture s’il vous plait. Ce n’est pas à vous que j’apprendrai qu’« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », ni que j’aime vivre dangereusement. J’ai donc accepté l’invitation à déjeuner de votre ami Yann, en tout bien tout honneur avait-il insisté, mais dans un contexte dont je n’avais pas mesuré la dangerosité pour ma vertu avant de me retrouver comme une gazelle face au lion dans la savane : rien qu’à suivre son regard, il était facile de comprendre que ses appétits ne se réduisaient pas à mon petit pot de rillettes. Vous l’avez compris, j’ai accepté une invitation à pique-niquer en sa très charmante compagnie hier midi, au bois de Vincennes, étendus côte à côte sur une couverture à même le sol.
Heureusement, j’avais mon sac à malice. Je suppose que vous vous souvenez de ce lourd sac que j’avais péniblement traîné dans la chambre d’hôtel ce soir où vous vous étiez offert à mes vices et sévices ? Et bien je l’avais avec moi hier, non pas pour transporter un fouet afin de dompter le fauve, ni même des menottes pour lui attacher les poignets derrière le dos et transformer le lion en oisillon auquel donner la becquée, non, je n’avais que quelques provisions et un ruban rose.
Avant même de m’étendre sur la couverture, j’y ai déroulé le ruban dans la longueur afin de la partager en deux zones égales : À chacun la sienne, comme les pupitres à l’école primaire ! Avec interdiction formelle de traverser la ligne rose en aucune manière. Nous avons installé nos sandwichs, salades, quiches et autres victuailles tout au long du ruban, comme des postes de douane sur la frontière, et j’ai pu prendre mes aises en toute quiétude. Il faisait très beau hier, particulièrement chaud pour la saison, et vous avouerez avec moi qu’il aurait été dommage de ne pas dévoiler ma peau aux premiers rayons d’un soleil primesautier. Je portais donc une jupe assez courte, et un simple chemisier après avoir retiré mon pull. Devant son échancrure, je peux vous avouer que votre ami Yann a bien tenté quelques incursions en territoire ennemi, mais je lui opposais une défense de fer. Jusqu’au moment où il s’est dressé face à moi, juste à la limite du ruban ! Il a avancé sa main… qui s’est heurtée contre une vitre invisible à l’aplomb du ruban rose ! Il semblait en chercher les contours, un passage à tâtons. Alors je l’ai aidé à chercher la faille, et nous avons entrepris un vrai numéro de mime marceau, simultanément et chacun de notre côté du ruban. Nous nous sommes frôlés pendant quelques minutes, mais sans nous toucher, sa main à un centimètre de mon sein, la mienne aussi près de ses hanches, nos lèvres proches au point que nos souffles se mélangent…
Et rien de plus.
Comme je vous l'ai maintes fois répété, j'ai une confiance aveugle en vous Vagant, c'est pourquoi cet entracte burlesque s’est arrêté là, et je m'en remets à vos moindres désirs. Votre ami Yann, aussi séduisant soit-il, ne m'attire quand même pas autant que vous, il est loin de déployer autant d’efforts pour moi - et pour lesquels je ne sais toujours pas comment vous remercier - et je n'ai pour l'heure pas trouvé un autre amant que vous qui recherchait ce que moi-même espérais vivre en secret, et qui me fait chavirer. Je lui laisse donc cette place d'équipier et ne vous démets nullement de vos fonctions de skipper car je souhaiterais vous garder comme un précieux trésor que je possèderais au creux de la main... Je le tiendrai donc en haleine le temps qu'il faudra, et je ne lui soufflerai mot de ce que je sais […]
Je jetai un coup d’œil à ma montre. 14h30. Il était grand temps de quitter la boite de strip-tease avant que Sarah n’en sorte, et je me précipitai vers le métro. Mais auparavant, il me fallait encore donner un coup de téléphone.
06:30 Publié dans Défis (suite) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mission libertine, sarah, expériences, yann, littérature
13 décembre 2007
Le bal des mots dits... (par Ysé)
Tout commence par un coup de foudre. Un coup de foudre, ça s'abat sur des coeurs prompts à aimer aussi violemment que ça libère les relents de vengeance et de haine. Mais il n'y a pas que le ciel qui déchaîne son courroux...
Cinq femmes se retrouvent une nuit dans le manoir de la duchesse de Vaubricourt. Un lourd secret, une question de vie ou de mort, voilà ce qui pouvait les réunir.
Qu'ont en commun une châtelaine rancunière, une comtesse frivole, une religieuse gentiment sotte, une intello revêche se piquant d'écrire des bluettes et une jeune mariée ? Rien, si ce n'est que jadis, elles ont été séduites et abandonnées par Don Juan. Mais ces victimes n'ont rien à voir avec les mille e tre espagnoles que le "vil séducteur" connut au sens biblique du terme. Ces femmes-là ont résisté, et ont ainsi offert à Don Juan ses plus éclatantes conquêtes, tout au moins à en croire le carnet tenu par Sganarelle oscillant entre le livre de comptes et le récit des amours de son maître.
Bien vite, les victimes, vêtues de blanc et non de candeur, vont troquer leur tunique de martyr contre la robe de juge, et elles sortiront si besoin est, la hâche du bourreau. Ce soir, elles vont sceller le destin du séducteur qui devra épouser et être fidèle à sa dernière conquête en date, Angélique, qui n'est autre que la nièce de la comtesse. S'il refuse, c'est une affaire de duel qui mènera le plus célèbre des sentimenteurs en prison. Lui qui croyait se rendre à un bal, ne sera pas le seul à mener la danse.
On rit, jaune parfois, on se laisse toucher par les escarmouches et l'on se laisse prendre par ce qui est représenté sur scène. Le spectateur ne peut demeurer passif tant la première pièce d'Eric-Emmanuel Schmitt regorge de joutes verbales et autres stichomythies enlevées. Bref, cette pièce nous interpelle, bouscule valeurs moralistes et idées préconçues tandis qu'elle pose les questions les plus audacieuses avec un cynisme résolument provocant. Si le public ne fait pas de catharsis, du moins voit-il les passions, qu'il s'efforce de museler, se déchaîner : amour égoïste propre aux enfants, vengeance, trahison, jalousie, tout y est ! Chacun détient une part de vérité, nul n'a entièrement tort. Qui pourrait se vanter de ne s'être jamais trompé ? Don Juan lui-même, n'a pas su reconnaître l'amour véritable qui ne saute pas toujours aux yeux quand il prend une forme inattendue.
La mise en scène de Régis Santon est magistrale de simplicité et d'efficacité. Le procès de Don Juan se tient à huit clos entre les murs étouffants du château de la duchesse de Vaubricourt. A n'en pas douter, l'auteur de la pièce n'aurait pas renié la scénographie, ni même la musique accompagnant la perte de Don Juan ; car qui mieux que Mozart et son Requiem aurait pu illustrer la force de ce destin ?
Quant aux acteurs, ils ont campé avec conviction des personnages pouvant paraître, à première vue, caricaturaux. Mais derrière les masques, restent égratignures et plaies loin d'être refermées.
Le Don Juan d'Eric-Emmanuel Schmitt, tout en étant caustique, toujours aussi libre envers Dieu et les choses de l'amour, accepte son destin, et en cela, il est radicalement différent de celui de Molière qui toisait la statue du Commandeur, avec une effronterie presque puérile. Ici, Don Juan a gagné en sagesse et il lève enfin le voile sur le mystère de sa vie : qu'est-ce qui faisait courir Don Juan ? Fuyait-il ou cherchait-il quelque chose ? Vous aurez la réponse en lisant la pièce ou en allant voir la représentation au théâtre Silvia Monfort, ce que je vous recommande.
Tout a une fin et le malheur des uns fait le bonheur des autres, et ce n'est pas Sganarelle qui démentirait, lui qui perçoit enfin ses gages !
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note : Une stichomythie est une partie de dialogue d'une pièce de théâtre versifiée où se succèdent de courtes répliques, de longueur à peu près égale, n'excédant pas un vers, produisant un effet de rapidité, qui contribue au rythme du dialogue.
07:10 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Don Juan, Théâtre, La nuit de Valognes, Livres, Eric Emmanuel Schmitt, Ysé, Littérature
30 novembre 2007
La marche du monde
FEMME 1 : Je n'ai pas mis les bonnes chaussures ce matin. Avec ces grèves, ce que j’ai mal aux pieds !
FEMME 2 : Moi, j’ai fait l’impasse sur l’élégance au boulot. Avec mes tennis, je peux même courir. Regarde !
FEMME 1 : Attention !
La seconde femme trébuche sur Diogène assis par terre, avant que toutes deux ne prennent la fuite devant ses furieuses invectives.
DIOGENE : Pouvez pas regarder où vous mettez les pieds, non ? C’est incroyable ça ! Qu’est-ce que les gens ont à toujours cavaler ! Ils ne savent même pas où ils vont, mais ils y courent. Et ceux qui ont peur de se perdre, ils courent sur place sur des tapis roulant dans leur salle de gym ! Avant, c’était autre chose. Ce qui comptait, c’était l’être, qu’il soit individuel ou collectif. Soit on était de naissance, comme Louis XIV le disait : « L’état, c’est moi ! ». Soit on naissait pas grand-chose et il suffisait d’y penser comme Descartes : « Je pense, donc je suis. ». C’est le capitalisme qui a tout bouleversé avec l’avoir. Pour être il n'est capital que d’avoir du capital, au point de ne même plus avoir besoin d’exister pour être une « personne morale ». Mais maintenant, il ne suffit plus d’avoir : on est passé à l’âge du faire. Faire croire qu’on fait ce qu’on a dit, et dire ce qu’on va faire croire. Faut s’agiter, se montrer partout, s’oublier dans l’action quand on ne se supporte plus ; paraître ce qu’on ne parvient pas à être. Tout ça pour réaliser, en fin de compte, qu’on s’est fait avoir. Le bougisme, voilà le mal du siècle ! Moi je vous le dis : Il est urgent de ne rien faire ! Il faut réapprendre les vertus de la méditation pour contempler la marche du monde. Qui peut observer la danse des rayons du soleil levant dans la brume, la lumière dans le prisme du givre qui fond lentement, et qui s’écoule en rosée délicate ? Qui sait s’oublier dans le souffle de l’être suprême, virevolter en esprit et en vérité, comme une poussière parmi les poussières…
Une autre femme approche à pas vifs.
DIOGENE : À votre bon cœur m’dame ! Ayez pitié d’un cul-de-jatte philosophe !
07:00 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : coumarine, Littérature
16 novembre 2007
Infidélité
Tante Babette prit une profonde inspiration, et elle m’entraîna dans la foule, loin de l’étal de bonbons multicolores. Ballotté entre les gabardines mouillées, je parvenais à peine à voir le sommet du sucre d’orge vers lequel je gardais les yeux rivés comme sur un phare à bonheur, lorsqu’elle jeta l’ancre sur un rivage de tristes coquillages.
- Cela fait combien d’années, Elisabeth ? 15 ans ? Plus ?
- 17 ans Jacques.
Je décidai de le détester aussitôt. C’était à cause de lui que j’étais maintenu dans ce brouhaha, à au moins dix longues Barbapapa du paradis des pommes d’Api !
- Dire qu’il m’a fallu tout ce temps pour oser revenir… il fallait que je parte Elisabeth…
- Je crois qu’il ne s’est pas passé un jour sans que je ne pense à toi, Jacques. Si tu savais comme tu… tes douceurs m’ont manquée. Je n’ai jamais été voir ailleurs.
- Oui… enfin… ton mari a toujours une sacrée réputation dans ce domaine…
- Tu sais, avec lui, je n’ai jamais fait que mon devoir.
Une dame vint coller son gros ventre contre mon nez. Non seulement elle sentait la chouquette pas fraîche, mais je ne voyais plus mon sucre d’orge !
- Tu n’as pas changé Elisabeth ! Toujours la même bouche gourmande.
- Arrêtes, tu vas me faire rougir.
- Viens ! Viens par ici, je vais te montrer quelque chose, tu sais bien… ta préférée !
- Oh non, Jacques, ce n’est pas raisonnable !
- Tu crois que ça pèse lourd, une petite folie devant 17 ans d’abstinence ?
- Toi non plus tu n’as pas changé. Tu sais toujours parler aux femmes.
« Ô tante Babette, mais où va-t-on encore ? Tu m’avais promis le sucre d’orge ! » Ai-je pensé très fort.
- Tu sais que je l’ai préparée exprès pour toi ?
- Hummm… elle a l’air bien grosse. J’en ai l’eau à la …
- Prends là Elisabeth, c’est cadeau, pour mon retour. Vas-y, goûte !
Tante Babette se baissa et, d’une main tremblante, elle ouvrit le gros paquet du monsieur. Elle engloutit son biscuit à peine sorti de sa boite ! En plein marché ! Sans attendre l’heure du thé !
« Je le dirai à oncle René, que tu es infidèle à ses spéculos industriels ! »
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Bonsoir Vagant
Après concertation avec l'équipe, j'ai décidé de ne pas publier ton texte
C'est un texte scabreux dans l'utilisation systématique du double sens
Je conçois que cela t'amuse, mais PP n'est pas le lieu pour accueillir des textes de ce type
Si tu publies ce texte sur ton blog, je te demande de ne pas utiliser ma photo. Merci
Coumarine
Si j’ai décidé de publier ce message de Coumarine, ce n’est pas pour la fustiger – elle est bien libre de faire ce qu'elle veut sur son blog - mais pour introduire le débat sur la ghettoïsation de l’érotisme, même lorsque celui-ci est assez discret alors que la télévision nous submerge de sexe à longueur de campagnes publicitaires. Plus généralement, j’ai l’impression que le monde des blogs est profondément segmenté, comme s’il était impossible au sein d’un même espace d’écrire sur des sujets variés - dont l’érotisme - ce qui nous pousserait presque à la schizophrénie virtuelle, à la multiplication des blogs et des identités selon des sujets spécialisés dont on ne pourrait pas sortir. Qu’en pensez-vous ?
07:45 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (36) | Tags : coumarine, gourmandise, Littérature
01 novembre 2007
De la morale et de la liberté (1)
MME THERBOUCHE. Ne vous compromettez pas. N’écrivez pas sur la morale. Tout le monde attend de vous que vous affirmiez le règne de la liberté, que vous nous libériez de la tutelle des prêtres, des censeurs, des puissants, on attend de vous des lumières, pas des dogmes. Surtout, n’écrivez pas sur la morale.
DIDEROT. Mais si, il le faut.
MME THERBOUCHE. Non, s’il vous plaît. Au nom de la liberté.
DIDEROT. C’est que je ne sais pas si j’y crois, moi, à la liberté ! Je me demande si nous ne sommes pas simplement des automates réglés par la nature. Regardez tout à l’heure : je croyais venir ici me livrer à une séance de peinture, mais je suis un homme, vous êtes une femme, la nudité s’en est mêlée, et voilà que nos mécanismes ont eu un irrésistible besoin de se joindre.
MME THERBOUCHE. Ainsi, vous prétendez que tout serait mécanique entre nous ?
DIDEROT. En quelque sorte. Suis-je libre ? Mon orgueil répond oui mais ce que j’appelle volonté, n’est-ce pas simplement le dernier de mes désirs ? Et ce désir, d’où vient-il ? De ma machine, de la vôtre, de la situation créée par la présence trop rapprochée de nos deux machines. Je ne suis donc pas libre.
MME THERBOUCHE. C’est vrai.
DIDEROT. Donc je ne suis pas moral.
MME THERBOUCHE. C’est encore plus vrai.
DIDEROT. Car pour être moral, il faudrait être libre, oui, il faudrait pouvoir choisir, décider de faire ceci plutôt que cela… La responsabilité suppose que l’on aurait pu faire autrement. Va-t-on reprocher à une tuile de tomber ? Va-t-on estimer l’eau coupable du verglas ? Bref, je ne peux être que moi. Et, en étant moi et seulement moi, puis-je faire autrement que moi ?
MME THERBOUCHE. Que la plupart des hommes soient ainsi, je vous l’accorde. Vous êtes persuadés de vous gouverner par le cerveau alors que c’est votre queue qui vous mène. Mais nous, les femmes, nous sommes beaucoup plus complexes, raffinées.
DIDEROT. Je parle des hommes et des femmes.
MME THERBOUCHE. Ce n’est pas possible.
DIDEROT. Mais si.
MME THERBOUCHE. Vous ne connaissez rien aux femmes.
DIDEROT. Vous êtes des animaux comme les autres. Un peu plus charmants que les autres, je vous l’accorde, mais animaux quand même.
MME THERBOUCHE. Quelle sottise ! Savez-vous seulement ce qu’une femme éprouve pendant l’amour ?
DIDEROT. Oui. Euh… non. Mais qu’importe ?
MME THERBOUCHE. Savez-vous ce qu’une femme ressent lorsqu’elle s’approche d’un homme ? Ainsi, par exemple, moi, en ce moment, qu’est-ce que je peux sentir ? Oui, et si moi, en ce moment, je feignais…
DIDEROT. Pardon ?
MME THERBOUCHE. Si je n’avais pas de désir pour vous ? Si je mimais la tentation ? Si je tombais dans vos bras avec tout autre intention que celle que vous imaginez ?
DIDEROT. Et laquelle, s’il vous plaît ?
MME THERBOUCHE. Hypothèse d’école, nous discutons. Supposons que je n’aie pas de désir pour vous mais que j’essaie simplement d’obtenir quelque chose de vous.
DIDEROT. Et quoi donc ?
MME THERBOUCHE. Hypothèse, vous dis-je. Imaginez que je sois perverse. Il faut bien être libre pour se montrer pervers. Le vice ne serait-il pas la démonstration de notre liberté ?
DIDEROT. Non, car vous seriez une machine perverse, naturellement, physiologiquement perverse, mais une machine.
MME THERBOUCHE. Passionnant. Et tellement judicieux.
DIDEROT. Bref, votre objection ne change absolument rien à ma théorie. S’il n’y a point de liberté, il n’y a point d’action qui mérite la louange ou le blâme. Il n’y a ni vice ni vertu, rien dont il faille récompenser ou punir.
MME THERBOUCHE. Bravo ! Mais alors, comment édifier une morale ? Je me demande bien ce que vous allez pouvoir écrire.
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Cette note clôt ma série sur Diderot selon Eric Emmanuel Schmitt dans « Le libertin », et introduit la question de la morale sexuelle. C’est un sujet qui m’a longtemps travaillé, et qui est même au cœur de mon existence puisqu’il stigmatise mon pêché « mignon » : la luxure ! Je l’avais esquissé avec une note humoristique il y a près d’un an, mais il me va bien falloir l’aborder de front d’autant plus que l’actualité littéraire s’y prête merveilleusement bien !
07:05 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Le libertin, Livres, Eric Emmanuel Schmitt, morale, liberté, Diderot, Littérature
27 octobre 2007
De la débauche et de la volupté
Moi : la Débauche / Elle : la Volupté
Devinez qui a gagné ? La volupté bien sûr !
11:30 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : débauche, Livres, volupté, diderot, le libertin, Ysé, Littérature
09 octobre 2007
Échangisme belge
D’un sourire engageant, Marion invita Jean à entrer dans sa chambre à coucher. Les murs étaient couverts des photos de Mathieu, son mari, surtout des natures mortes où la rouille disputait l’automne aux arbres dégarnis. Au diapason des photos paisibles, Marion parlait d’une voix grave, voilée d’un léger feulement qui lui conférait une sensualité irrésistible. « La fenêtre donne sur le jardin, c’est très calme ici, dit-elle sur un ton de confidence. On pourrait crier tant qu’on veut, personne n’en saurait jamais rien. » Il s’approcha tout près d’elle. Depuis l’étage, la vue s’étendait sur les champs jusqu’à l’horizon brumeux, jusqu’à sa perte. Il l’embrassa et ferma les yeux.
Le parfum capiteux de la jeune femme embaumait la pièce, et Jean ressentit autant de gène que d’excitation à pénétrer ainsi son intimité. Au rez-de-chaussée, sa femme était avec Mathieu, dans la chambre d’amis ou au salon, mais c’est sur une photo juste devant lui, au dessus de la tête de lit, qu’il focalisa son attention : un quai à l’abandon, au fond duquel ne coulait plus qu’un flot d’herbes folles. Une invitation à embarquer sur une chimère, une invitation au voyage impossible. Oui, impossible. Aller voir ailleurs, les transports trépidants, non, ce n’était pas pour lui. Marion était pourtant là, suspendue à ses lèvres, mais Jean ne pouvait détacher son regard du défaut sournois tout en bas de la photo : deux ombres roses. Les doigts de Mathieu s’étaient égarés sur l’objectif. Jean ne voyait plus qu’eux, ces gros doigts moroses qui allaient se perdre sur Bijou, la toucher, partout, à l’intérieur... La symétrie de la situation ne changeait rien à l’affaire dont sa femme était d’ailleurs l’instigatrice. Même s’il avait été excité par les annonces, abandonner là son Bijou entre leurs mains le révulsa.
Mais pour le plaisir de sa femme Julie, il se tourna vers Marion, accepta d’échanger ce pavillon flamand contre son Bijou pour les vacances, et il lui donna solennellement les clefs de la maison…
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Oui, je l’avoue, j’abuse : cette note est presque un plagiat, celui de Lassitude par Madeleine sur NOLDA. Presque car le traitement est tout de même légèrement différent, et je plaide les circonstances atténuantes : j’ai agi sous la contrainte de Coumarine qui m’a obligé à parler de maison. Je n’étais certes pas obligé d’évoquer l’échangisme non plus, mais il me fallait aussi vous satisfaire, ami lecteur, pour pouvoir mieux vous frustrer ! À ce niveau là, je crois que ça va suffire pour l’instant, ma prochaine histoire sera du vécu, du vrai cul !
07:40 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : coumarine, Échangisme, Littérature
05 octobre 2007
La cliente
Une jeune femme m’ouvre la porte d’entrée aux cuivres lustrés. La sévérité de ses atours souligne la chaleur de ses atouts : bas satinés sur peau ambrée, tenue rigoureuse sur gorge pulpeuse, blondeur angélique sur mascara diabolique. Elle m’offre le large sourire réservé à la plus « fidèle » clientèle - si tant est qu’on puisse parler de fidélité dans notre milieu - ponctué par un accueil déférent digne de mon dédain: « bonjour madame Carolyn ». C’est ainsi que je me fais appeler dans cette maison, même si personne n’est dupe. Tous savent qui je suis.
Une musique voluptueuse berce la salle dont la décoration bourgeoise affiche un luxe ostentatoire. Sur les murs capitonnés de cuir pourpre souligné de boiseries en loupe d’orme, des toiles originales encadrées de dorures sont éclairées à la bougie des lustres en cristal surannés. Mes talons pointus s’enfoncent dans la moquette onctueuse, tandis qu’on m’accompagne vers mon fauteuil club qui me tend ses bras accueillants. Les regards jaloux des clientes glissent sur mon arrogance. Ceux des garçons se prosternent à mes pieds. Je constate avec plaisir que Marquet a pris soin de me réserver ma place sans avoir eu besoin de le lui rappeler. La dernière fois, elle était prise par la pimbêche du JT en cuissardes de mauvais goût. Marquet sait trop bien ce qu’il lui en a coûté. Je m’assieds en prenant soin de faire crisser mes bottes tout en affichant une moue dédaigneuse. Il est encore tôt dans la soirée : autour de moi ne bruisse que le doux babillage des confidences luxurieuses, des corruptions vénales et des intrigues byzantines. Pour les rires cinglants et les sanglots étouffés, il faudra attendre encore un peu.
Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour que j'aie dû attendre ma coupe de Veuve Cliquot millésimé, mais je dois avouer que Marquet ne s’est pas moqué de moi : ce jeune garçon est très à mon goût. Grand, les épaules larges et la taille fine, il porte divinement bien son costume Smalto, sobre comme je les aime, dont les reflets moirés mettent en valeur son teint halé et ses boucles noires. Il s’avance vers moi, droit comme un matador dans l’arène, avec aux lèvres le sourire conquérant qui joue à l’obséquieux, trahi par un regard ténébreux où semblent encore brûler les vestiges d’une antique noblesse castillane. C’est ainsi qu’ils me plaisent, qu’ils m’excitent, qu’ils m’agacent avec leur jeunesse insolente : encore âpres, presque rugueux, fiers comme des purs-sangs à dompter. Quelques années plus tard, repassé par les exigences de la clientèle, ce ne sera plus qu’une carpette insipide sans la moindre aspérité à gommer. Je peux déjà lire tout cela dans ses yeux sombres, les illusions passées à jamais perdues dans l’inéluctable déchéance à venir, tandis que je sirote mon champagne et que je savoure mon présent, ce délicieux moment qui précède l’énoncé de mes desiderata auxquels il se pliera avec la fausse connivence qui permet de supporter la servilité. Mais pour l’instant, je le fais attendre, debout devant moi qui le toise sans sourciller, en ne lui adressant qu’un sourire narquois à peine esquissé. Tous les garçons savent ce dont je suis capable, ils lui auront appris mes célèbres extravagances, les humiliations que je leur ai parfois fait subir, les larmes hargneuses que certains ont dû ravaler. Il doit y penser à son tour, et perdre peu à peu sa confiance au cours de ce duel, imperceptible s’il n’y avait la longueur de ces secondes silencieuses, jusqu’à perdre toute sa fière contenance, l’irrévérence de son regard qui m’esquive maintenant, qui descend plus bas sans oser s’arrêter sur ma poitrine opulente, jusqu’à venir lécher la pointe de mes talons rutilants.
Il cède enfin et rompt le silence de sa voix charmante où perce encore un peu de soleil ibérique à peine voilé de grisaille parisienne.
- Qu’est-ce qui vous ferait plaisir, Madame ?
Mais qu’est-ce qui pourrait encore me faire plaisir ? Formulée ainsi, sa question est d’une candeur risible. Comme si je venais chez Marquet pour le plaisir ! Non mon petit, il n’est nullement question de plaisir ici, mais d’audaces flamboyantes, d’exigences perverses et de coups bien pesés. Malgré les apparences, nous ne sommes pas dans une luxueuse maison de plaisir mais au cœur des cuisines du pouvoir, dans l’antre des influences, à la cour des dominations ! Mais comme tu m’es sympathique, petit espagnol mal dégrossi, je ne vais te donner qu’une petite leçon, et puis… et puis j’ai envie de quelque chose, finalement : J’ai envie de me payer le luxe suprême de la trivialité dans le temple du raffinement.
Je lui susurre un ordre. Assez bas pour qu’il ne l’entende pas. Il va devoir me faire répéter, ce qui le mettra dans une situation inconfortable, jusqu’à ce qu’il comprenne la position à prendre.
- Je vous prie de m’excuser, Madame, je n’ai pas bien compris...
Oui, tu n’as pas encore compris mon petit, me dis-je en répétant juste assez fort pour qu’il puisse bien sentir l’agacement dans le ton de ma voix, mais pas assez pour qu’il comprenne le sens de ma demande. Cependant, je sens que ça commence à venir: Il s’est penché en avant, le dos droit et les jambes tendues, jusqu’à ce que son visage soit à peu près au niveau du mien, mais légèrement au dessus néanmoins. Tu as les genoux encore un peu raides, bel hidalgo. Je répète encore mes instructions, bas comme une menace sourde dont il ne peut que comprendre l’ampleur. Il blêmit à l’idée de me faire répéter une fois de plus. Une fois de trop, même s’il a finit par prendre la pose qui convient à son rang : à genoux à mes pieds, comme une geisha empressée, l’oreille tendue à l’affût du moindre claquement de langue. Alors je lâche mon injonction à haute et intelligible voix dans le creux de son oreille. Il en sursaute et repart en tremblant, sa leçon bien apprise. Dieu qu’il est émotif !
J’ai à peine eu le temps de faire le décompte des vieilles peaux qui se pâment pour la moindre œillade des garçons, que le mien revient, à nouveau fier comme Artaban, en apparence. Même s’il n’en a plus trop dans la culotte, c’est le cas de le dire, je suis agréablement surprise de ce qu’il exhibe, mais pas autant que toutes les clientes éberluées qui se retournent sur son passage. Il s’approche jusqu’à moi, un peu gêné malgré le naturel qu’il s’efforce d’afficher, et je ne peux réprimer mon sourire. Ah, Marquet sera toujours Marquet : comme pour me répondre du tac au tac, il a ordonné au garçon de me présenter sa queue dans une assiette démesurée ! C’est certes un beau morceau, plus long et plus épais que ce à quoi je m’attendais, mais tout de même, quelle assiette !
Sans dévoiler la moindre émotion, je laisse couler mon regard sur le remarquable appendice amoureusement préparé, dans l’assiette dressée à mon intention. Mais je ne peux résister au plaisir de fermer les yeux lorsque son fumet vient chatouiller mon nez légendaire. Car ses arômes rustiques et généreux, ses effluves organiques à l’insolente authenticité m’ont aussitôt catapultée loin, très loin dans mes souvenirs d’enfance au fin fond de la Meuse. Là bas, bien cachée dans l’arrière cuisine, non loin de l’étable d’où provenaient les mugissements des bêtes et le parfum du foin aux abords de l’hiver, j’attendais le retour de mon père dès la tombée du jour, tandis que ma mère au fourneau y répétait ses gammes culinaires au rythme monotone d’une vieille l’horloge comtoise. Le vendredi soir, quand mon père qui rentrait de l’abattoir arrivait dans la cuisine, c’était toujours le même cérémonial. Ma mère allait à la fenêtre, elle vérifiait que personne ne risquait de les voir depuis la cour, elle se retournait vers mon père qui avait déjà sorti sa queue, et elle lui disait avec un ton de reproche démenti par sa mine réjouie:
- Attends un peu ! Je ne suis pas prête !
- T’as vu le morceau ? Tâte moi ça, touche un peu !
- Oui, c’est vrai qu’elle est belle.
C’est le moment où je fermais les yeux pour les abandonner au plaisir de l’instant, celui des sens primaires, qui nous touche en profondeur jusqu’à la lisière de l’âme, de l’olfactif atavique à l’auditif prénatal. J’inspirais à grandes goulées cette intense ruralité, la voix rocailleuse de mon père enfin revenu, et l’odeur du ragoût qui mitonnait sur le feu et embaumait la cuisine d’odeurs riches et généreuses. C’était un ravissement. L’oignon qui blondit comme du blé mûr, la crème épaisse qui se délite à feu doux, la viande et sa moelle légèrement grillées au four avant de mijoter où elles révèlent alors des arômes de gibier. Je distinguais tous ces parfums, ou plutôt je les entendais comme une aubade fulgurante aux unions de la chair, ils s’imprimaient en moi, me faisaient pâmer de plaisir, libéraient mes envies carnassières, au point d’aller fourrer mon nez dans le marmiton avec la concupiscence des affamés. Je crois que c’est grâce à ces moments là que j'ai compris quelle était ma vocation.
Les yeux toujours fermés, je porte un bout de la queue à mes lèvres. A son contact chaud sur ma langue, à la fois moelleux et vigoureux, j’ai la sensation d’avoir à nouveau dix ans, dans la cuisine de maman, lorsque papa riait et lui disait que j’aimais ça: Je commence à la malaxer de la langue, des joues, du palais et des dents, je la mastique avec ampleur jusqu’à éblouir mes papilles de la suavité recueillie. Dans le ragoût de maman, la queue de boeuf - que papa chipait à l’abattoir - avait cette saveur, cette onctuosité, cette truculence que je croyais inimitable. Mais Marquet a réussi le tour de force de me mettre les larmes aux yeux. Il l’aura, sa quatrième étoile au guide Michelin.
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Toute ressemblance avec Une gourmandise de muriel Barbery serait loin d'être fortuite, mais le seul lien avec Légume des Jours est ici.
06:55 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : une gourmandise, barbery, dégustation, gastronomie, domination, CFNM, Littérature
01 octobre 2007
Zapping
Il est minuit et bientôt trente minutes. J’ai beau chercher, je ne trouve pas le sommeil tout seul dans ma chambre d’hôtel, alors j’allume la télé, officiellement à la recherche d’un programme soporifique, officieusement pour mater les extraits du film porno de la chaîne payante : Je zappe le politicard qui déblatère en Danois – rien qu’à voir sa mine, je n’ai pas besoin des sous titres – je zappe le présentateur bronzé qui sautille en hurlant autour d’une roue de strass au bras d’une bombe de fortune – à moins que ce soit l’inverse – je zappe la grève des bus, une marée noire, deux famines, trois guerres civiles, et je tombe sur la blondasse siliconée qui suce le tatoué bodybuildé. Elle a l’air d’aimer ça quand on lui flanque sur sa face de pouf un gros panneau : « chaîne privée payante, 89 couronnes le film ». Je vous le traduis grosso modo du Danois au Français, mais je ne pense pas me tromper de beaucoup. Aux coins de l’écran apparaissent encore des bouts de bite, mais le cœur de l’action demeure caché par le panneau inamovible qui insiste lourdement pour que je lâche mes 89 couronnes danoises. Je zappe. Les chevaux sont dans le virage, la casaque rouge est en tête suivie de prêt par la jaune, c’est ce que doit dire le commentateur mais je ne parierais pas 1 couronne. Je zappe. La blondasse agenouillée a engouffré le gros membre du culturiste, les yeux et la glotte écarquillés. Va-t-elle étouffer ? me demandé-je en commençant à me tripoter quand paf ! Le panneau à 89 couronnes coupe tout le suspens du drame pornographique. Je zappe. La casaque jaune remonte à la corde, va-t-elle coiffer la rouge sur le poteau ? Le suspens hippique est à son comble mais moi je m’en fous, je n’ai pas joué. Je zappe. La blonde enjambe le musculeux définitivement très bien monté, et se retrouve à cheval sur son poteau au gland rouge qu’elle coiffe de sa vulve mouillée. J’ai délaissé la quequette pour la zapette : je n’ai que deux secondes pour bien identifier la position et je zappe avant le panneau à 89 couronnes, en comptant sur la persistance rétinienne pour suivre l’action. La pouliche a l’écume aux lèvres. Ses cuisses musclées prennent appuis sur le sol. Elle s’enfonce – je zappe - sa crinière se soulève à chaque poussée qui l’emboîte - je zappe - sur la queue de l’étalon. Elle remonte de plus en - je zappe - plus fort ! Quelle chevauchée au triple galop sous les - je zappe - coups de cravache du cavalier aux muscles bandés qui - je zappe - claques sur la croupe. L’étalon est à la peine sous la pression de la pouliche qui - je zappe - enserre ses flancs. Quel finish ! Sur un dernier coup de reins, c’est lui qui jaillit le premier - je zappe - 7 Rocco à 6 contre 1, 5 Ovidie à 8 contre 1, 11 Zara Whites à 12 contre 1 qui rapporte dans le désordre 89 Couronnes danoises…

07:55 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : pornographie, chevaux, course hippique, Littérature
27 septembre 2007
Une gourmandise
Un homme se tient par le ventre et le bas ventre. [Proverbe ivoirien]
Si j’ai évoqué le pouvoir du plaisir dans une de mes anciennes notes et notamment le pouvoir du plaisir sexuel - le pouvoir du bas ventre - je ne me suis jamais étendu sur les plaisirs du ventre. Il faut dire que dans mes textes, il est plus question de chair que de bonne chair : lorsque j’ouvre la bouche pour savourer l’onctuosité de chairs humides, c’est rarement pour gober une huître ; lorsque la paume de ma main flatte une chaude rotondité, ce n’est pas souvent celle d’une miche de pain ; lorsque je plonge un appendice dans un calice parfumé, ce n’est généralement pas mon nez. Alors si je vous dis que j’ai découvert un roman dont la sensualité m’a mis l’eau à la bouche, dont les mots m’ont plongé dans une joie jubilatoire, sans doute penserez-vous que j’ai découvert une fine fleur de l’érotisme. Il n’en est rien. Une gourmandise de Muriel Barbery est à l’encyclopédie de cuisine ce que le cantique des cantiques est à la Bible : une subtile prose dont la poésie enchante l’âme jusqu’aux muqueuses.
Lire Une gourmandise, c’est goûter la saveur des mots : « Les mots : écrins qui recueillent une réalité esseulée et la métamorphosent en un moment d’anthologie, magiciens qui changent la face de la réalité en l’embellissant du droit de devenir mémorable, rangée dans la bibliothèque des souvenirs. Toute vie ne l’est que par l’osmose du mot et du fait où le premier enrobe le second de son habit de parade. »
Lire Une gourmandise, c’est déguster les mots de la saveur, ou plutôt les mots des saveurs, car les aliments les plus simples passés au crible de sa plume fantastique ne sont pas froidement disséqués, mais ils sont révélés toute leur puissance évocatrice.
Une pâtisserie marocaine après les boulettes de viande ? « Elles ne sont appréciables dans toute leur subtilité que lorsque nous ne les mangeons pas pour apaiser la faim et que cette orgie de douceur sucrée ne comble pas un besoin primaire mais nappe notre palais de la bienveillance du monde. »
Une tomate dans un verger ? « La tomate crue, dévorée dans le jardin sitôt récoltée, c’est la corne d’abondance des sensations simples, une cascade qui essaime dans la bouche et en réunit tous les plaisirs. La résistance de la peau tendue, juste un peu, juste assez, le fondant des tissus, de cette liqueur pépineuse qui s’écoule au coin des lèvres et qu’on essuie sans crainte d’en tacher ses doigts, cette petite boule charnue qui déverse en nous des torrents de nature : voilà la tomate, voilà l’aventure. »
Le poisson cru dans un restaurant japonais ? « Le vrai sashimi ne se croque pas plus qu’il ne fond sur la langue. Il invite à une mastication lente et souple, qui n’a pas pour fin de faire changer l’aliment de nature mais seulement d’en savourer l’aérienne moellesse. Oui, la moellesse : ni mollesse ni moelleux ; le sashimi, poussière de velours aux confins de la soie, emporte un peu des deux et, dans l’alchimie extraordinaire de son essence vaporeuse, conserve une identité laiteuse que les nuages n’ont pas. »
Lire Une gourmandise, c’est retrouver des accents de Delerm, mais les plaisirs de Barbery n’ont pas pour vocation de rester minuscules, ils gonflent, ils enflent, ils explosent de lyrisme, et ils nous emportent comme la toute première gorgée de whisky : « Telle une marquise éthérée, je trempai précautionneusement mes lèvres dans le magma tourbeux et… ô violence de l’effet ! C’est une déflagration de piment et d’éléments déchaînés qui détonne soudain dans la bouche ; les organes n’existent plus, il n’y a plus ni palais, ni joues, ni muqueuses : juste la sensation ravageuse qu’une guerre tellurique se déroule en nous-mêmes. »
Mais je me relis et je réalise qu’emporté par les saveurs et les mots, j’ai oublié de mentionner l’intrigue. Tant pis, j’ai déjà épuisé mon « crédit mot ». Sachez seulement que c’est amusant et drôlement bien mené. Je voudrais juste abuser de votre patience d’ami lecteur pressé pour en venir enfin au fait : Un homme se tient aussi par le ventre. Cela est admirablement développé par Barbery lorsqu’un des protagonistes, un jeune critique gastronomique interrogé le maître au sujet d’un sorbet (« le sorbet est aérien, presque immatériel, il mousse juste un peu au contact de notre chaleur puis, vaincu, pressé, liquéfié, s’évapore dans la gorge et ne laisse à la langue que la réminiscence charmante du fruit et de l’eau qui ont coulé par là ») le qualifie de sorbet de grand-mère. Dans sa bouche et aux oreilles du maître, c’est le plus beau des qualificatifs, et le voilà à parler de la cuisine de grand-mère…
Je crois qu’elles avaient conscience, sans même se le dire, d’accomplir une tâche noble en laquelle elles pouvaient exceller et qui n’était qu’en apparence subalterne, matérielle ou bassement utilitaire. Elles savaient bien, par-delà toutes les humiliations subies, non en leur nom propre mais en raison de leur condition de femmes, que lorsque les hommes rentraient et s’asseyaient, leur règne à elle pouvait commencer. Et il ne s’agissait pas de mainmise sur « l’économie domestique » où, souveraines à leur tour, elles se seraient vengées du pouvoir que les hommes avaient à « l’extérieur ». Bien au-delà de cela, elles savaient qu’elles réalisaient des prouesses qui allaient directement au cœur et au corps des hommes et leur conféraient aux yeux de ceux-ci plus de grandeur qu’elles mêmes n’en accordaient aux intrigues du pouvoir et de l’argent ou aux arguments de la force sociale. Elles les tenaient, leurs hommes, non pas par les cordons de l’administration domestique, par les enfants, la respectabilité ou même le lit – mais par les papilles, et cela aussi sûrement que si elles les avaient mis en cage et qu’ils s’y fussent précipités d’eux-mêmes.[…]
Que ressentaient-ils, ces hommes imbus d’eux-mêmes, ces « chefs » de famille, dressés depuis l’aurore, dans une société patriarcale, à devenir les maîtres, lorsqu’ils portaient à leur bouche la première bouchée des mets simples et extraordinaires que leurs femmes avaient préparés dans leurs laboratoires privés ? Que ressent un homme dont la langue jusqu’alors saturée d’épices, de sauce, de viande, de crème, de sel, se rafraîchit subitement au contact d’une longue avalanche de glace et de fruit, juste un peu rustique, juste un peu grumeleuse, afin que l’éphémère le soit un peu moins, retardé par la déliquescence plus lente des petits glaçons fruités qui se disloquent doucement… Ces hommes ressentaient le paradis, tout simplement, et même s’ils ne pouvaient se l’avouer, ils savaient bien qu’eux-mêmes ne pouvaient le donner ainsi à leurs femmes, parce que avec tout leur empire et toute leur arrogance, ils ne pouvaient les faire se pâmer comme elles les faisaient jouir en bouche !
07:35 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : Une gourmandise, Livres, Muriel Barbery, Littérature
23 septembre 2007
Elles
Je lui ai dit de se taire.
C’est tout ce que j’avais trouvé pour arrêter un instant l’engrenage, au moins reculer l’échéance. Il a retenu son mouvement et m’a regardée avec ses yeux de brute, vides comme une nuit sans lune:
- Tu veux que je la ferme ? Moi ? Je n’ai rien dit, abrutie ! T’entends des voix !
- Ne l’ouvre pas, je t’en prie…
J’ai vu un éclair de compréhension dans son regard fou, et puis un mauvais sourire sur ses lèvres épaisses. Il a brandi son couteau suisse et il l’a ouverte comme un porc. Elle s’est vidée à gros bouillon. C’est tout juste s’il l’a regardée. Sans doute devait-il déjà la considérer comme un cadavre. Il en a mis partout, de ce liquide poisseux et âcre, qui colle à la peau et à l’âme. À moi de nettoyer tout ça, d’effacer les traces de son crime devant Dieu. J’ai l’habitude maintenant. Je me suis endurcie. Je sais.
Avant, je me doutais bien qu’après son travail à l’abattoir, il ne rentrait pas directement à la maison. Où allait-il traîner, je ne voulais pas le savoir. Pas savoir où filait sa paye ; pas identifier les odeurs sur ses vêtements ; oublier mes cauchemars avec elles comme les gros titres des journaux ; tout encaisser plutôt que ses coups. Jusqu’au jour où il en a ramené une à la maison.
Je m’en rappellerai toujours, elle était là, petite au creux de la banquette, impassible, rutilante de paillettes aux reflets noirs et rouge. Superbe. La beauté du diable.
- Je t’en supplie, Reza, pas devant moi, pas chez nous…
- Chez moi ! Et je fais ce que je veux !
Je me suis ruée sur elle, je voulais la balancer sur le pallier, mais il m’a envoyée valser d’une seule gifle. Quand j’ai repris mes esprits, il l’avait prise, il l’étreignait dans ses mains de boucher, et quand il en a fini avec elle, il l’a fracassée contre le mur du salon. Une horreur ! J’ai réussi tant bien que mal à faire disparaître tous les morceaux du cadavre avant la visite de l’imam. Quelle honte !
Ils sont cachés dans le placard avec celles qu’il n’a pas brisées.
07:30 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : coumarine, Littérature
10 septembre 2007
Le VRP
L’horloge indique 22h30 mais elle est en avance. Elle m’accompagne partout, cette petite horloge, aux quatre coins de la France. Elle est de tous mes coups. Je viens d’ailleurs d’y jeter un coup d’œil pour savoir combien de temps il me reste à tirer, et je me concentre à nouveau sur ces deux trous où s’introduire.
Je suis VRP. Je vends tout et surtout n’importe quoi, tant que cela me permet de sonner aux portes, de planter mon sourire carnassier dans l’entrée entrebâillée, et glisser des regards insidieux dans l’échancrure des vies privées. Ce sont presque toujours des femmes qui m’ouvrent, de ces ménagères de moins de 50 ans que les pubards cherchent à baiser, alors qu’il suffit de sonner à leur porte avec une gueule d’amour. Dès le premier regard, je sais si je vais conclure l’affaire. Après quelques questions stratégiques, je sais quand et comment. Je me suis spécialisé dans la petite bourgeoises engoncée dans un mariage sous lexomil, piégée par les marmots et les crédits à taux variable, mais prête à vivre la grande aventure entre la purée du déjeuner et le chocolat du goûter : trois heures de ménage maquillées en rêve à bon compte auprès d’un beau sentimenteur. Alors elles m’ouvrent tout, de leur chambre à coucher à leurs rêves télévisés, elles s’ouvrent jusqu’au cœur pour que je les cambriole.
Je suis VRP, officiellement. Tout s’est très bien passé cet après midi avec ma cliente. Elle m’a même fait la bonne surprise du mari en voyage d’affaire pour la semaine, alors j’ai tout mon temps. No Stress. Ça va glisser comme dans du beurre. Maintenant qu’il fait nuit, il ne me reste plus qu’à décider comment la violer. Devant moi, deux trous. Celui de gauche est ouvert, pas béant, non, juste ouvert, prêt à ce que j’y pénètre. L’autre est fermé, prêt à être forcé. Entre les deux, un espace incertain, rouge brique. Inutile de risquer la blessure, je vais opter pour la fenêtre de gauche. Il me semble bien que c’est celle du bureau. Le fric est dans le tiroir du bas.
12:05 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : VRP, coumarine, Littérature
05 septembre 2007
Vacances au Cap
Il faisait beau ce soir là, et même encore chaud. J’aime bien cette région. J’y vais chaque été. La plage, les dunes, je ne m’en lasse pas. Il y a toujours du spectacle, et je peux vous dire que ça chauffe ! Depuis le temps que j’y vais, je me suis fait des copains et on ne loupe pas une rencontre. S’il n’y a qu’un groupe d’hommes pour regarder, ce sera nous. Bon, autant vous le dire tout de suite, c’est pour les initiés. Vu de loin, ça a l'air sauvage, voire bestial. Mais non, faut pas croire, c’est assez bien organisé, il y a des règles. Avec un peu d’habitude, on sait quand et comment ça va se passer, et si ça vaudra le coup de sortir tout l’attirail. Ce soir là, on savait tous que tôt ou tard, cela allait finir par arriver. Depuis le temps qu’ils se tournaient autour…
Ce sont des jeunes, leur tenue légère met en valeur leur corps qui n’a rien à envier à ceux des pros qu’on voit à la télé sur les chaînes privées : les hommes virils, au buste large, aux cuisses épaisses, aux bras puissants, de vraies bêtes ! Les femmes en raffolent, qu’elles se l’avouent ou non. Ah les femmes ! Parlons-en, elles ont beau faire leur mijaurée, ce sont bien toutes les même, de fieffées… je n’en dirai pas plus. Bref, ils s’approchent tous les uns des autres. Ils se la jouent un peu : démarche chaloupée, poitrine bombée, sourires en coin. Ça à beau être des amateurs, nous qui faisons cercle autour d’eux, on sent bien qu’ils ne sont pas venus faire de la figuration. Ils ne vont pas faire semblant, eux, pas comme ces mauviettes qui débandent dès qu’il s’agit de s’engager à fond. Il va y avoir du spectacle, c’est sûr ! Le groupe se resserre. Ils se frôlent, ils se provoquent. Ça parlemente aussi. Nous, de loin, on n’entend pas ce qu’ils se disent, mais on ne peut pas s’approcher plus près, ils arrêteraient tout et on se ferait jeter. Ils doivent négocier leurs positions respectives, décider qui va prendre qui. Rien qu’à voir les regards qu’ils se jettent, on sait que ça va chauffer. La tension monte. Ils se frottent les uns contres les autres. Ça m'excite ! À côté de moi, papy sort ses jumelles. J’ai oublié les miennes. Il doit voir tous les détails de ces préliminaires, ce vieux salaud, jusqu’aux gouttes de sueur ou d’autre chose… Il a l’impression d’y être, c’est sûr, peut être même que ça lui rappelle sa jeunesse : il est du coin, papy Du Plessis. J'entends sa respiration s’accélèrer. Il doit s’y croire, au beau milieu des peaux luisantes, à étreindre le corps de ses partenaires. Ce genre de spectacle devrait être interdit aux ancêtres, ils risquent de faire sauteur leur pacemaker ! Nous, les plus jeunes de la bande, nous ne sommes peut être même pas en touche, mais il suffirait qu’ils nous désignent du doigt, qu’ils nous fassent signe de les rejoindre, et on fonce dans le tas ! Oui Monsieur ! On n’est peut-être pas de la toute première fraîcheur, mais à quarante-cinq balais, on se tient la dragée haute, si vous voyez ce que je veux dire, et on tient sûrement mieux la distance que bien des jeunots !
Ça y est ! Ils ont pris position : Face à face et au signal, ils pousseront tous en même temps. Une poussée bien pénétrante... Oh putain con ! Ils se sont emboîtés comme au tétris. On entend leurs râles d’ici. Ils y vont à fond, cuisses contre épaules, et les mains étreignant la taille ou le cul de leurs partenaires. L’introduction n’a pas traîné au milieu de cette mêlée incertaine, mais avec ces types là, une chose est sûre, mieux vaut ne pas avoir le ballon au risque de se faire plaquer aussi sec ! Ah ! Ah ! Si les nôtres jouent comme ça dans quelques jours, ce n’est pas cette année que le XV de France battra nos Springboks !
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J’en profite pour donner un petit coup de pouce au charmant blog d’une vraie amatrice, ici…
07:20 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : Cap, dieux du stade, Littérature
03 septembre 2007
Double vie
Rémi s’attarda dans la chambre des enfants. Après avoir sacrifié au rituel des devoirs en inspecteur des travaux finis, il s’allongea à même le sol et s’offrit au feu roulant de leurs questions. Dans une société qui ressemblait désormais à un vaste centre commercial, Rémi entendait se battre tant qu’il était encore temps pour leur éviter de finir en citoyens-consommateurs tout en les aidant à compléter un puzzle entamé un dimanche de pluie.
« Qui sont ces gens ? Demanda Virginie en désignant le couvercle de la boîte. On les connaît, au moins, j’espère… »
À quoi avait pensé leur parrain en leur offrant de reconstituer Californie 1955 ? Certainement pas à mal. Pourtant, dans le registre des amours illicites, rien n’était plus suggestif que cette photographie en noir et blanc, dont l’admirable organisation plastique rehaussait la qualité poétique. Un surréaliste n’en aurait pas renié l’esprit, ni la lettre.
De prime abord, sa composition pouvait déstabiliser les logiques les mieux établies tant elle s’apparentait à un montage. Après analyse, au premier plan on devinait la partie avant d’une automobile vue de dos. Au second, la mer dans la douce lumière d’un coucher de soleil. Et entre les deux un rétroviseur dans le reflet duquel une femme laissait éclater sa joie de vivre, le visage reposant sur le bras d’un homme. Une diagonale invisible traversait l’image et la séparait en deux mondes. Dans sa partie supérieure, les nuages, l’eau, la terre. Dans sa partie inférieure, les humains, le fer, le verre. Un discret chef-d’œuvre jusque dans ses ambiguïtés et la richesse des interprétations qu’elles suscitaient. D’où pouvait bien sourdre la vraie force, d’elle ou de lui ? Que cachait ce sourire carnassier : une volonté de pouvoir ? Et cette attitude conquérante : le refus de laisser son destin lui échapper ? Le plaisir l’emportait-il sur le bonheur ? Qu’importe après tout. Cette étreinte mouillée de sel marin conservait son mystère, lequel se réfugiait dans le cou à demi couvert de la femme. Erwitt tenait là son Angelus.
« Des gens qui s’aiment, tout simplement », dit Rémi. Tant qu’à faire, dès qu’il en avait l’occasion et dans la mesure où c’était sans conséquences, il était le genre de père qui préférait donner à ses enfants des mensonges qui élèvent le genre humain plutôt que des vérités qui l’abaissent. La fabrication de l’icône aurait pu en être une. Les personnages auraient pu être des modèles, payés pour poser. Faire semblant. Simuler le sentiment amoureux. Contre de l’argent. Il préféra évoquer l’humour du photographe, et le génie déployé avec naturel pour faire rire et pleurer, son but suprême.
[…]
Avaient-ils une idée de ce qu’était la vraie vie de leur père ? Au fond, ce qu’ils pouvaient savoir importait moins que ce qu’ils devaient sentir. Le jour où il le comprit, le fardeau s’allégea aussitôt. Son chaos intérieur leur resterait insoupçonnable, du moins pendant un certain temps. Comment aurait-il pu leur expliquer, alors qu’il n’aurait su se l’expliquer à lui-même, qu’en cet instant précis il songeait que, dans la langue de Médée, un même mot désigne suicide et infanticide.
Quand vint l’heure de l’extinction des feux, il remonta les draps jusqu’à leur menton et leur caressa le front. Avant d’y déposer un baiser, il fut pris d’hésitation et songea à ce que ses lèvres avaient embrassé, à ce que ses doigts avaient caressé quelques heures auparavant. Bien qu’il les eût énergiquement savonnés avant de passer à table, il ne put se défaire d’un malaise, la sensation que cet acte des plus tendres prenait un tour pornographique. Et que les grandes lèvres vulvaires de Victoria [sa maîtresse, ndrl], dont il conservait encore le goût salé, s’apposaient par sa douteuse intercession sur la peau la plus pure qui fût, celle de ses propres enfants. Alors, pour la première fois de la soirée il se sentit souillé.
07:50 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : Pierre Assouline, Double vie, Californie 1955, Erwitt, Littérature, livre, Adultère
28 août 2007
Sera-t-elle sèche ou mouillée ?
C’est toujours sur le point d’y pénétrer qu’on se pose la question: sera-t-elle sèche ou mouillée ? Avant, on ne pense même pas à ce détail prosaïque, seul compte le but, qu’il soit hygiénique, voire sportif, ou tout simplement pour le plaisir. C’est ce que je réponds, moi, quand on me demande pourquoi j’y vais si régulièrement : « pour le plaisir ». Inutile d’entrer dans des détails plus intimes, trop obscurs. Comment pourrais-je expliquer la fébrilité que je ressens chaque mardi, dès le matin, lorsque je sais qu’en sortant du bureau le soir venu, j’irai y lâcher mon trop plein d’énergie, et toutes mes frustrations accumulées depuis une semaine ? Comment dire l’exaltation adolescente qui me saisit en chemin, qui me ferait presque y courir, la même inaltérable émotion depuis que mon père m’y a emmené la toute première fois ? Comment raconter un sourire équivoque, un corps de femme à moitié nu, la bourrade virile des autres qui m’invitaient à la suivre, les escaliers que je ne pouvais pas monter tant mes jambes étaient lourdes, l’air narquois des autres femmes devant le souffle de ces premiers désirs dans mon slip toutes voiles dehors, l’émotion des ablutions, l’eau, et comment j’ai plongé en elle ? Comment raconter un premier amour ?
Quand on arrive, on vous salue amicalement. On vous connaît depuis toutes ces années. On règle les formalités d’usage, et on en choisit une de libre, souvent la même. Pour moi, c’est toujours l’avant dernière porte au fond à gauche. Lorsqu’elle est prise, j’attends tranquillement mon tour, même si d’autres sont disponibles. J’ai mes habitudes, et l’attente n’est pas vraiment un problème. C’est même le meilleur moment. On peut laisser la chaleur des lieux vous envahir tout doucement avant de se déshabiller. Il fait si froid dehors. On peut même fermer les yeux, et chercher les fragrances d’eau de toilette masquées par l’odeur caractéristique qui vous a assailli dès l’entrée, légèrement âcre, mais devenue indissociable du plaisir qu’on va prendre. On entend les piaillements des plus jeunes, les bougonnements des plus vieux, l’agitation derrière la porte close qui vous fait rêver à Dieu sait quoi, qui laisserait presque croire qu’un peu de fantaisie pourrait se glisser entre les gestes mécaniques et pressés. Enfin, ce dont on est sûr, c’est que ce sera bientôt son tour, et on se sent bien dans cette attente là. À vrai dire, je n’aime pas être le premier. Plus tôt dans la journée, c’est toujours sec, et un peu trop propret à mon goût. Ce n’est pas que j’aime la saleté, mais non seulement les va-et-vient des autres avant moi humidifient l’endroit, mais il me mettent d’emblée dans l’ambiance : leur passage m’inscrit dans une certaine continuité, presque une tradition. On se sent ainsi plus à son aise, moins à l’étroit. On se lâche en regardant leurs traces comme des promesses d’ivresse. Ça y est ! Le gars précédant vient de sortir, encore rouge de l’effort et les cheveux humides, et je pénètre enfin dans la cabine de la vieille piscine municipale.
17:50 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Littérature
23 août 2007
Erreur de jeunesse
Au hasard des liens, je suis tombé sur une note amusante qui m’a rappelé de vieux souvenirs. On en fait des conneries quand on est jeune, et avec l’âge ça ne s'arrange pas…
Un jour, une fessue me tenta l’impudeur. Cela faisait quelques jours que je l'avais repérée. Elle était assez grosse, mûre mais encore ferme, et sans doute bien juteuse. Belle à croquer, bonne à baiser. J’attendis la bonne occasion, qu’il n’y ait personne dans les parages pour saisir ma proie et m’isoler avec elle. Je n’y allai pas par quatre chemins: Je pris mon opinel, je le lui enfonçai dans le trognon, et je lui évidai le fondement en un tournemain ! La salope coulait déjà sur mes doigts. Son cul ouvert à ma mesure, je m’enfermai avec elle dans les toilettes. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, j’avais la culotte aux chevilles. Je bandais comme un gamin de seize ans, avec une perle de sève printanière au bout du gland, prête à couler encore et plus encore. Je m’assis sur la cuvette, face à la chasse, cuisses écartées, et je plantai ma victime sur mon pieu comme un bonnet phrygien au quatorze juillet de l’an I. Il n’y eut pas de feu d’artifice. Non seulement elle était glacée - elle sortait du frigo - mais impossible de lui mettre plus que le bout de ma queue : déjà je cognais au fond ! Moi qui croyais m’envoyer en l’air avec une bonne grosse un peu mûre, j’avais l’impression de me taper une petite pucelle frigide ! Je la forçai. Ce fut le drame. Ses chairs éclatèrent sous la pression, s’ouvrirent entre mes mains et coulèrent tout au long de ma hampe jusqu’au fond de la cuvette. À la fin, j’en étais réduit à me masturber avec ses bouts de peau pendant que ma mère tambourinait à la porte : "t'es pas malade ?"
Quand j’étais adolescent, j’avais des fantasmes primeurs. Après tout, pourquoi n’y en aurait-il que pour les gourmandes de gros concombres ? Mais les poires, vraiment, ça ne tient pas ses promesses.
07:50 Publié dans Fictions | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : sex toy, fruits et légumes, Littérature, Erotisme
15 août 2007
Entre ses cuisses
Aujourd’hui, je suis sur le gril.
Venez m’assaisonner tel une tranche d’aloyau chez Aloysius Chabossot
(mais vous pouvez aussi venir y tailler une bavette).
07:50 Publié dans In vivo | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Erotisme, violoncelle, musique, Littérature
11 août 2007
L’enfer
En 2006, je fis sur Internet la connaissance d’une jeune femme à laquelle je fixai un rendez-vous dans l’obscurité d’une salle de cinéma sans que nous nous soyons jamais vus auparavant. Il s’agissait pour elle de me deviner à mon seul regard parmi les quelques hommes seuls présents, et de me reconnaître à mon caleçon noir lorsqu’elle s’attaquerait à ma braguette. Mais elle n’était pas au bout de ses surprises…
Ce défi avait fait l’objet d’un récit entre fiction et réalité, publié sur Extravagances et aujourd’hui disponible en pdf après quelques modifications.
07:50 Publié dans histoires érotiques | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : L’enfer, histoire érotique, Erotisme, attouchements au cinéma, Littérature






